— Qu’est-ce qui m’a fichu un aveugle de ce calibre ? Faut changer vos yeux. Allez vous fourrer sur la terre ! Mais allez-y donc ! Collez-vous dedans ! comme ça vous les trouverez peut-être les phares. Et puis, vous nous aurez fait perdre trois heures. Finira jamais, ce voyage !

Il n’en voyait pas plus que moi des phares, et c’est bien pour ça qu’il braillait. On s’est approché de terre à toucher ; on la voyait comme un quai : pas plus de feu que sur la main. Alors, tout à coup, un bateau arrive sur nous à toute vitesse, avec des lampions qui s’allumaient et s’éteignaient. Je ne bouge pas parce qu’on le voyait par bâbord, et je continue mon petit bonhomme de chemin. Pan ! pan ! Le bateau envoie deux coups de canon à blanc.

— Bougre, — dit Fourgues, — on est dans des exercices de contre-torpilleurs ! Il doit y en avoir d’autres. Ouvrez l’œil, petit.

J’ouvre l’œil. Pan ! un obus nous tombe à dix mètres devant ; le destroyer vient à toucher, et hurle par le porte-voix :

— Stop ! Stop ! or we shoot you down[1] !

[1] — Arrêtez ! ou nous vous coulons.

Tu parles qu’on a stoppé. Le destroyer s’étale tout près. On n’y voyait rien ; deux escarbilles de temps en temps.

— Who are you ?

— Pamir, French cargo boat with cotton from America to Liverpool. Why do you stop us ?

— Oh ! you are French, are you ?