Chapitre III. — Dépenses de l’artillerie.
Il y avait cinquante gros navires environ engagés dans la bataille, armés de canons de 305, 340 ou 380, en nombre variable. En admettant le nombre moyen de 10 canons par bateau, tirant deux coups à la minute et d’un prix moyen de 3.000 francs par coup, cela fait 50 × 10 × 2 × 3.000 = 3 millions de francs par minute. En totalisant les minutes de tir et en admettant 45 minutes pour l’ensemble, cela ferait 3 × 45 = 135 millions. Si l’on ajoute le tir de l’artillerie moyenne, les canons éclatés ou à changer, on peut admettre un total d’artillerie voisin de 150 millions, qui, ajoutés aux autres, font 950 millions.
Chapitre IV. — Dépenses de charbon et accessoires.
Un gros navire à toute vitesse brûle environ 1.000 tonnes par jour à environ 50 francs la tonne (sinon plus), soit 50.000 francs en un jour. On peut considérer que l’ensemble des opérations à grande vitesse et chauffe activée a duré au moins un jour, soit 2 millions et demi pour les gros bateaux seuls ; si l’on ajoute le charbon des petits bateaux, cela fait bien 3 millions. Les usures de chaudières, de dynamos, de mécaniques autres que celles provenant d’avaries de combat, font bien monter ce total à 20 millions, qui, ajoutés aux 950 précédents et en arrondissant pour les imprévus, constituent un total d’environ 1 milliard pour le matériel seul.
Chapitre V. — Capital représenté par le personnel.
Certains bateaux n’ont eu qu’un ou quelques hommes sauvés. Le nombre total des morts excède assurément 10.000 hommes. Beaucoup de blessés aussi, les uns définitifs, les autres à moitié mutilés. En admettant un total de 20.000 personnes pour qui l’État doit payer une pension, soit à eux, soit à leurs ayants-droit, et mettant une moyenne de 10.000 francs par pension annuelle, on arrive à 20 millions d’arrérages annuels, soit, au taux de 5%, un capital immobilisé de 400 millions. Il est impossible d’apprécier la valeur intrinsèque que représentent les 10.000 tués et les 10.000 blessés, tous pris parmi les plus valides des deux nations, non plus que les ruines engendrées par leur mort dans les familles ; mais on n’est pas loin de la vérité en posant à 500 millions le total de la perte humaine, ce qui, ajouté au milliard précédent, met les quelques heures de la bataille du Jutland à 1 milliard 500 millions environ.
Voilà le topo de Villiers. Pour la forme, Fourgues a voulu chicaner sur tous les articles, mais Villiers était solide au poste, parce qu’il avait calculé tout cela d’après des revues techniques qu’il avait prises en France et en Angleterre, et il a dit qu’il était resté plutôt en dessous de la vérité, vu que les bateaux coûtent toujours plus cher qu’on ne le dit officiellement, qu’en temps de guerre le charbon, les obus et tout montent de semaine en semaine, et qu’il était bien gentil d’avoir pris du 5% au lieu de 9% pour les pensions.
— D’ailleurs, commandant, ce n’est pas la question d’ergoter sur cent millions de plus ou de moins. Mettons n’importe quel prix entre un et deux milliards. Voulez-vous me dire si cela aura avancé la guerre d’un quart de seconde ?
— Mais enfin si on avait pu assommer les Boches et leur bousiller toute leur flotte…