[4] — Bonsoir et bonne chance, les copains.

— Merci, et vous de même.

Y a pas ! Fourgues est un brave type. Il n’a pas hésité pour retourner en France. Il me tapait dans le dos, m’offrait des cigares, et rigolait sur la passerelle.

— Tu parles, qu’y en avait pas, des phares ! plus souvent qu’on leur allumerait des rostauds, aux Boches ! Dégringole, petit ! va raconter ça à Muriac et Blangy. Secoue-les s’ils roupillent. Ils vont en faire une tête ! Envoie-les sur la passerelle, et monte avec une bouteille de champagne. C’est ma tournée !

Blangy et Muriac n’ont pas fait ouf ! le canon les avait réveillés, mais ils croyaient à des manœuvres.

— C’est pas un bateau que tu nous montes ! — ont-ils dit tous les deux.

— Blague dans le coin : le pacha vous le dira.

On s’est embrassé. Personne n’avait plus sommeil. Sur la passerelle, Fourgues a voulu verser le champagne ; dans le noir, il nous a tout fourré sur les mains, parce qu’il tremblait d’émotion ; on a bu ce qui restait.

— Avec tout ça, — dit Fourgues, — on ne sait pas depuis quand le boulot a commencé. Avons-nous l’air gourde, sans radio ni rien ! On pouvait aussi bien tomber sur les Boches ! Ça ne fait rien, ils sont un peu là, les Anglais aussi, de marcher avec nous ! Qu’est-ce qu’on prendrait s’ils nous avaient plaqués !

— Et les Russes ? — demanda Muriac.