— Pas peur ! — dit Fourgues. — On va ensemble.

— Et les Italiens ? — dit Blangy.

— Ça c’est plus chanceux. Faut tout de même savoir les tuyaux ! Pouvez-vous forcer un peu, Muriac ?

— On va essayer jusqu’à onze nœuds ; le charbon est bon, l’arbre tiendra.

— Eh bien ! allez-y. Faut arriver demain à H***.

On a poussé tant qu’on a pu. Je n’ai pas dormi, moi. Je comptais sur une permission en août, pendant qu’on nettoierait les chaudières, pour aller chez moi, à La Rochelle. Tu sais pourquoi, mon vieux. Je t’avais raconté à La Nouvelle-Orléans ; c’était pour cette année. Qu’est-ce qu’elle va dire, la pauvre petite ? Je suis reparti sans la voir !

Le Pamir est arrivé à H***, le 9 au matin. Fourgues est allé à la Préfecture maritime. Il est revenu à midi, avec les journaux et les nouvelles.

— On ne sait pas ce qu’on va faire du Pamir. Il faut attendre les ordres. J’ai télégraphié à l’armateur. J’ai demandé à l’amiral de vider le coton. On m’a dit de le garder jusqu’à nouvel ordre. Défense de toucher à rien. Aucune visite de machine ou chaudière. Muriac, on verra notre arbre plus tard. Cet après-midi, un officier de marine viendra à bord pour statuer sur la destination des officiers et de l’équipage !

Si l’on n’était pas en guerre, Fourgues aurait plutôt fumé ! Nous garder avec cinq mille balles de coton dans le ventre, laisser en pagaye les chaudières et l’arbre, et ne pas savoir ce qu’on fera demain ! Mais il a bien pris tout, même la défense d’aller à terre et l’ordre de se tenir sous les feux.

L’officier de marine, un à cinq ficelles, est arrivé vers trois heures. Il a fait réunir l’équipage, regardé les livrets, et en une demi-heure le compte a été réglé. Muriac a débarqué ; Blangy aussi ; la moitié des gens du pont et les trois quarts des mécaniciens ont fait leur sac et sont partis à terre. L’officier a dit que c’était pour armer les navires de guerre et les forts de la côte. Il nous a donné l’ordre de partir le soir même pour le port de …, au Maroc, où nous recevrions de nouveaux ordres.