On servit le café sur la terrasse qui domine la cour d'honneur et le jardin français du côté de la façade principale. Au milieu de la pelouse, la musique du régiment se mit à jouer, et la foule des paysans et des soldats se répandit dans les allées du parc.
Cependant Nelly se souvenait de la promesse d'Arsène Lupin: «À trois heures tout sera là, je m'y engage.»
À trois heures! et les aiguilles de la grande horloge qui ornait l'aile droite marquaient deux heures quarante. Elle les regardait malgré elle à tout instant. Et elle regardait aussi Velmont qui se balançait paisiblement dans un confortable rocking-chair.
Deux heures cinquante... deux heures cinquante-cinq... une sorte d'impatience, mêlée d'angoisse, étreignait la jeune fille. Était-il admissible que le miracle s'accomplît, et qu'il s'accomplît à la minute fixée, alors que le château, la cour, la campagne étaient remplis de monde, et qu'en ce moment même le procureur de la République et le juge d'instruction poursuivaient leur enquête?
Et pourtant... pourtant, Arsène Lupin avait promis avec une telle solennité! Cela sera comme il l'a dit, pensa-t-elle, impressionnée par tout ce qu'il y avait, en cet homme, d'énergie, d'autorité et de certitude. Et cela ne lui semblait plus un miracle, mais un événement naturel qui devait se produire par la force des choses.
Une seconde, leurs regards se croisèrent. Elle rougit et détourna la tête.
Trois heures... Le premier coup sonna, le deuxième coup, le troisième... Horace Velmont tira sa montre, leva les yeux vers l'horloge, puis remit sa montre dans sa poche. Quelques secondes s'écoulèrent. Et voici que la foule s'écarta, autour de la pelouse, livrant passage à deux voitures qui venaient de franchir la grille du parc, attelées l'une et l'autre de deux chevaux. C'étaient de ces fourgons qui vont à la suite des régiments et qui portent les cantines des officiers et les sacs des soldats. Ils s'arrêtèrent devant le perron. Un sergent-fourrier sauta de l'un des sièges et demanda M. Devanne.
Devanne accourut et descendit les marches. Sous les bâches, il vit, soigneusement rangés, bien enveloppés, ses meubles, ses tableaux, ses objets d'art.
Aux questions qu'on lui posa, le fourrier répondit en exhibant l'ordre qu'il avait reçu de l'adjudant de service, et que cet adjudant avait pris, le matin, au rapport. Par cet ordre, la deuxième compagnie du quatrième bataillon devait pourvoir à ce que les objets mobiliers déposés au carrefour des Halleux, en forêt d'Arques, fussent portés à trois heures à M. Georges Devanne, propriétaire du château de Thibermesnil. Signé: le colonel Beauvel.
—Au carrefour, ajouta le sergent, tout se trouvait prêt, aligné sur le gazon, et sous la garde... des passants. Ça m'a semblé drôle, mais quoi! l'ordre était catégorique.