— C'est venu par téléphone au moment où nous allions rouler. Si c'est pas une blague, le rigolo qui a fait ça a gagné vingt-cinq francs dans sa nuit.

— Vingt-cinq francs?…

— Vous pensez bien qu'il n'a pas téléphoné ça qu'à nous. Il a fait son boniment, à tous les journaux du matin, et tout à l'heure il passera à la caisse et se fera reconnaître pour palper. Moi, je l'ai fait pour l'incendie du Bazar de la Charité. Je me trouvais devant… Seulement c'était pour les journaux du soir et il y en a juste deux qui paient…

— Parfaitement… Parfaitement, dit Coche en lui rendant son journal. Vous êtes un malin, Jules!…

Mais il pensait:

— Imbécile!

Puis il ajouta:

— Oui, c'est probablement ça, dites à M. Avyot que je viens. Le temps de m'habiller…

Resté seul, Coche se mit à rire. N'était-il pas drôle, en effet, qu'on vint lui annoncer, à lui, cette nouvelle? Sur le premier moment, il avait éprouvé une surprise réelle. Deux ou trois heures de sommeil lourd lui avaient fait oublier les émotions de la nuit. Il s'était demandé pendant un instant pourquoi on l'appelait, et n'avait compris que lorsque Jules avait déplié le journal. Décidément les choses allaient pour le mieux. Il avait craint qu'un autre ne fût mis sur cette affaire, ce qui eût un peu paralysé son action. Maintenant, il allait pouvoir jouer la partie à sa façon.

Tout en réfléchissant, il s'habillait. Comme il faisait froid dans la chambre sans feu, il prit une chemise de flanelle, des vêtements épais, et un gros pardessus d'automobile. Le chapeau sur la tête, il tâta ses poches, sentit ses clefs, son portefeuille, son bloc-notes et son stylographe. Il n'oubliait rien. En passant devant la loge du concierge, il demanda le cordon, et entendit une voix ensommeillée qui grognait derrière la vitre: