— Ça va bientôt finir cette nuit?…

Un cocher maraudait. Il le héla, donna l'adresse du Monde, et de nouveau, se prit à réfléchir.

La seule attitude possible était, pour le journal, celle de l'ignorance absolue. Un peu de mauvaise volonté même ne serait pas inutile. Une incrédulité à peine dissimulée ne messiérait point. De la sorte, il ôtait par avance tout soupçon, et laissait au secrétaire de la rédaction l'orgueil d'avoir vu juste. Il connaissait trop bien les hommes en général, et les journalistes en particulier, pour négliger cette vérité que, pour arriver à ses fins, il faut leur laisser une part de succès dans toute entreprise: c'est un courtage comme un autre. Avyot s'intéresserait d'autant plus à l'affaire qu'il pourrait dire à tout le monde:

— «J'ai eu du flair. Personne ne voulait me suivre. Coche prétendait que je m'étais laissé mettre dedans. Mais j'ai tenu bon. Je sentais que ce n'était pas un canard; on ne me la fait pas, je suis un vieux routier.»

La voiture s'était arrêtée. Il paya le cocher et monta rapidement à la rédaction. Le secrétaire l'attendait marchant de long en large dans son bureau. Dès qu'il l'aperçut, il s'écria:

— Vous voilà enfin! On vous cherche depuis une heure du matin. Je ne sais où vous passez vos nuits — cela vous regarde, d'ailleurs — mais franchement vous pourriez bien monter au journal. On ne sait jamais où vous trouver…

— Chez moi, fit Coche le plus naturellement du monde. J'ai dîné en ville, et à une heure du matin j'étais dans mon lit. J'ai quitté le journal à sept heures et demi du soir, tout était calme. Que s'est-il donc passé depuis qui ait nécessité ma présence?

— Ceci: à deux heures du matin environ, j'ai été avisé qu'un crime venait d'être commis boulevard Lannes.

— Fort bien, je saute en taxi-auto et je cours au commissariat de police du quartier.

Le secrétaire lui mit la main sur l'épaule: