— Peuh! murmura Coche.

— Mon cher, vous m'accorderez une certaine expérience dans un métier que j'ai fait pendant vingt ans?…

— Âme naïve, songea Coche. Si tu le connaissais, ce correspondant, comme tu serais étonné! Orgueilleux maladroit, tu n'avais pas le ton si tranchant cette nuit quand tu me suppliais… Non, il ne viendra pas frapper à la caisse, ton informateur. Le louis que tu lui donnerais ne suffit pas à son ambition; ton expérience est bien petite près de sa ruse. Et, tout haut, il ajouta:

— Certes… Il n'en est pas moins vrai que tout cela est bien bizarre, et que je me demande par quel bout il faut commencer.

— C'est votre affaire. Assurez-vous d'abord de la véracité du fait, ensuite débrouillez-vous de façon à me donner quatre cents lignes avec photographies pour ce soir. Si vous vous en tirez bien, je demanderai pour vous au patron une augmentation de cinquante francs par mois.

— Je vous suis tout à fait obligé, fit le reporter.

Et à part lui il pensa:

«Si je m'en tire bien, ce que moi j'appelle bien m'en tirer, ce n'est pas de cinquante francs qu'il sera question, mon bonhomme! Le journal qui voudra Onésime Coche y mettra le prix. Nous traiterons en grand, à l'américaine!»

… Dehors le ciel se salissait de traînées pâles. Le jour prêt à venir mêlait ses reflets blancs à la lueur de la lampe. Les machines arrêtées, l'on n'entendait plus à la place de leur ronflement cadencé, que les murmures vagues, les bruits multiples et confus de la rue, coupés de temps en temps par l'appel sonore d'une trompe d'automobile. Un omnibus passa avec un grand fracas de roues et de vitres secouées. Onésime Coche se leva, prit un numéro du Monde, et le mit dans sa poche.

— Vous dites, boulevard Lannes, numéro?…