— Hélas, toute la presse ne l'aura pas, et je le regrette… Il n'y aura que quatre journaux, et ce ne sont pas les plus importants…
— Écoutez, Coche, il est tout à fait inutile d'éterniser une discussion semblable. Vous ne me paraissez pas être dans votre état normal. D'autre part, il ne m'est pas possible de compter sur un collaborateur aussi fantaisiste dans un cas aussi sérieux, alors que nous avons besoin d'une activité de tous les instants… L'histoire de l'interview que vous auriez eue et livrée, est-elle fausse, est-elle vraie? Je ne veux pas le savoir… J'ai d'ailleurs pris depuis quatre heures toutes mes mesures. Vous pouvez passer à la caisse où l'on vous réglera trois mois d'appointements. Nous n'avons plus besoin de vos services…
— Vous m'en voyez tout à fait ravi, Monsieur Avyot. Je me proposais justement de vous prévenir que je désirais reprendre ma liberté: vous me la rendez sans que je la demande; vous y ajoutez une indemnité d'un trimestre. Je n'en pouvais espérer autant… Je ne me sens pas très bien, en effet… Je suis fatigué, nerveux… J'ai besoin de repos, de solitude… Plus tard, quand je serai remis… je reviendrai vous voir… Pour le moment je vais partir… Où? Je ne sais pas encore… Mais l'air de Paris ne me vaut rien…
— Voilà une décision bien soudaine, fit le secrétaire de la rédaction. Hier vous vous portiez à merveille… Aujourd'hui vous vous sentez trop souffrant pour continuer à travailler… Ce que je vous ai dit tout à l'heure n'est pas irrévocable… il ne faut pas prendre la mouche, et, pour plastronner, répondre que vous aviez l'intention de nous quitter… Oublions ce que je vous ai dit et ce que vous m'avez répondu, et montez vite à votre bureau rédiger votre papier… Je vous connais assez pour être sûr que vous avez quelque chose à raconter… que vous êtes renseigné aussi bien, sinon mieux, que n'importe qui… Allons, mon petit, voilà qui est entendu.
Mais Coche hocha la tête:
— Non, non. Je pars… Il faut que je parte… Il le faut…
— Est-ce que, par hasard, vous nous lâcheriez pour entrer dans un autre journal, au moment où nous sommes embarqués dans une affaire aussi sensationnelle? Si vous vouliez une augmentation, il fallait le dire.
— Monsieur Avyot, je ne veux pas d'augmentation; je n'entre pas dans un autre journal… Je désire simplement reprendre, momentanément ou pour toujours — sur ce point les seuls événements peuvent me fixer — ma liberté…
Et d'une voix qui tremblait un peu il ajouta:
— Je vous donne ma parole d'honneur que je ne tenterai rien qui puisse porter atteinte aux intérêts du journal, et qu'il ne faut voir dans ma résolution aucune des manoeuvres que vous paraissez soupçonner. Quittons-nous bons amis, voulez-vous?… Un mot encore. Comme j'ai besoin d'un grand repos, d'un isolement absolu; comme je veux vivre à l'écart de tous les bruits de Paris, des questions des indifférents ou de la sollicitude des amis, mais comme il me déplairait, d'autre part, que mon départ ressemblât à une fuite, gardez par devers vous les lettres qui pourraient arriver ici à mon nom. Ne les laissez pas dans ma case: on s'étonnerait que je n'aie point donné d'instructions pour qu'elles me suivent… À mon retour, vous me remettrez tout cela…