QUELQUES POINTS DE DETAIL

Lorsque Coche s'éveilla, il faisait grand jour, ce grand jour d'hiver qui semble traîner avec lui encore un peu de crépuscule. Il s'habilla rapidement, pressé de lire les journaux. Comme il passait devant le bureau de l'hôtel, le gérant l'appela:

— C'est pour la petite formalité du registre de police…

Le seul mot de «police» le fit tressaillir. Pourtant, il répondit du ton le plus naturel:

— Le registre de police… quoi donc?

— Nous sommes obligés de tenir exactement un livre où nous notons le nom, la profession, la date d'entrée des voyageurs. Bien souvent la précaution est inutile, surtout dans une maison calme comme la nôtre. Mais, est-ce qu'on sait jamais? Avec tous ces attentats, tous ces crimes… Voyez le crime du boulevard Lannes.

Du coup Coche se sentit devenir pâle. Il regarda l'homme fixement, les lèvres entr'ouvertes pour interroger — l'imprudent! — presque pour protester. Mais l'homme se pencha, fouilla dans un casier, et relevant la tête, après avoir déposé le registre grand ouvert sur son bureau, montra une figure souriante qui rassura tout aussitôt le journaliste. Il indiqua du doigt une ligne où était déjà inscrite une date.

— C'est ici, Monsieur, vous n'avez qu'à remplir… Votre nom, votre profession, l'endroit d'où vous venez.

Et pendant que Coche écrivait, il ajouta, poursuivant les détails qu'il avait donnés tout d'abord:

— Chez nous, rive gauche, ce n'est pas tant rapport aux malfaiteurs que la préfecture se montre stricte, que rapport aux crimes politiques, aux réfugiés russes, aux nihilistes… Nous en sommes infestés, ce n'est pas agréable de loger des gens qui se promènent avec des bombes et risquent de faire sauter toute la maison…