Il acquiesça, puis réfléchit. Un reçu? Où le mettre? A qui le confier?
Si je le conserve sur moi, je perds tout le bénéfice de mon dépôt…
Il hésita, n'ayant pas prévu cette complication, puis, d'un air très
naturel:

—Mon Dieu, je suis seul au monde, sans parents, sans amis. Le voyage que j'entreprends est très… hasardeux. Mon reçu courrait le risque d'être perdu… détruit… Pour la régularité des choses—on ne sait ni qui vit, ni qui meurt—ne pourriez-vous conserver ce papier par devers vous, dans vos archives? Ainsi, lors de mon retour, il me suffirait de dire mon nom soit à vous, soit à votre successeur….

—C'est que….

—Notez sur le reçu qu'il ne peut être réclamé que sous cette forme. En somme, si risque il y a, je suis seul à le courir.

—Soit! Veuillez me dire votre nom. Il répondit sans hésiter:

—Duverger, Henri Duverger.

Quand il fut dans la rue, il poussa un soupir de soulagement. La première partie de son programme était achevée. On pouvait lui mettre la main au collet: le produit de son vol était hors d'atteinte.

Il avait froidement calculé: A l'expiration de ma peine, je délivre mon dépôt. Nul ne saurait m'en contester la propriété. Quatre ou cinq mauvaises années à passer, et me voilà riche. C'est moins bête que de trimer toute sa vie! J'irai vivre à la campagne. Pour tous, je serai M. Duverger. Je vieillirai tranquille, en brave homme, faisant le bien, sans remords.

Il attendit encore vingt-quatre heures pour être certain qu'on ne possédait pas les numéros des billets de banque, et, rassuré sur ce point, délibérément, la cigarette aux lèvres, alla se constituer prisonnier.

Un autre, à sa place, eût imaginé quelque histoire. Il préféra dire la vérité, avouer son vol. A quoi bon perdre du temps? Mais à l'instruction, pas plus qu'aux assises, on ne put lui arracher un mot concernant l'usage qu'il avait fait des 200.000 francs. Il se borna a dire: