—Je ne sais plus. Je me suis endormi sur un banc…. J'ai été dévalisé à mon tour.

Grâce à ses antécédents irréprochables, il ne fut condamné qu'à cinq ans de prison. Il accueillit l'arrêt sans sourciller. Il avait trente-cinq ans. A quarante, il serait libre et riche. Il considérait cela comme un petit sacrifice nécessaire.

A la maison centrale où il purgea sa peine, il fut le modèle des détenus, comme il avait été le modèle des employés. Il regardait passer les jours sans impatience ni émoi, soucieux seulement de sa santé…. Enfin, le jour de sa libération arriva! On lui avait remis son petit pécule, mais il voulut aller de suite chez le notaire. L'avait-il assez rêvée, cette heure! Dans sa tête, il voyait la scène telle qu'elle allait se passer:

Il arrivait. On le faisait entrer dans le grand bureau solennel. Le notaire le reconnaîtrait-il?

Il se regarda dans une glace. Vraiment, il était bien vieilli, ravagé…. Non, certes, le notaire ne le reconnaîtrait pas. Ha! Ha! Ce ne serait que plus drôle!

—Vous désirez, monsieur?

—Je viens pour un dépôt effectué entre vos mains il y a cinq ans.

—Quel dépôt…? A quel nom?

—Au nom de Monsieur….

Il s'arrêta brusquement, et murmura: