—Ça, c'est un peu fort…! Je ne me souviens plus du nom que j'ai donné!
Il chercha, chercha…. Rien! Il s'assit sur un banc et, sentant l'énervement le gagner, se dit à lui-même:
—Voyons… du calme…! Monsieur…. Monsieur…. Ça commençait par… quelle lettre…?
Pendant une heure, il tourna, retourna sa mémoire, essayant de trouver un point de repère, un indice…. Peine perdue. Le nom dansait devant lui, autour de lui; il voyait ses lettres sauter, ses syllabes fuir…. A chaque seconde il avait la sensation de le tenir, de l'avoir sous les yeux, sur la langue…. Non! D'abord, cela n'avait été qu'un agacement; puis, n'était devenu irritant, lancinant… précis, douloureux, presque physiquement …! Des bouffées de chaleur montaient de ses reins à sa nuque. Ses muscles se crispaient; il ne pouvait plus demeurer en place. Des tics agitaient ses mains. Il mordait ses lèvres sèches. Il avait à la fois envie de pleurer et de battre. Mais, plus il forçait son attention, plus le nom semblait s'éloigner. Il frappa du pied, se leva et dit:
—A quoi bon chercher…? Je ne trouverai pas. Je n'ai qu'à ne pas y penser, il viendra tout seul!
Mais, on n'arrache pas ainsi de sa tête une idée obsédante. Il avait beau dévisager les passants, s'arrêter aux étalages, écouter les bruits de la rue, derrière ce qu'il écoutait sans entendre et ce qu'il regardait sans voir, une seule question persistait:
—Monsieur…? Monsieur…?
La nuit vint. Les trottoirs se firent déserts. Harassé de fatigue, il entra dans un hôtel, demanda une chambre et se jeta tout habilla sur son lit. Il cherchait toujours. A l'aube, il s'endormit. Quand il s'éveilla, il faisait grand jour. Il s'étira longuement, satisfait, et, tout à coup, l'obsession, un instant envolée, lui revint:
—Monsieur…? Monsieur…?
Un sentiment nouveau s'ajoutait a son angoisse: la peur! La peur de ne plus trouver ce nom, jamais. Il se leva, sortit, marcha des heures, à l'aventure, rôdant autour de la maison du notaire. Pour la deuxième fois, la nuit tomba. Il enfonçait ses ongles dans son crâne, gémissant: