Confrontation

Devant la morte, l'homme ne sourcilla pas.

Les yeux mi-clos, il regardait, sur la dalle de marbre, cette chair blanche, d'un blanc laiteux, tachée entre les seins par l'entaille rosée d'un coup de couteau. Le corps rigide avait gardé sa forme harmonieuse et semblait vivre. Seules, les mains, avec leurs ongles violetés, leur peau trop diaphane, et le visage aux yeux glauques et mous, grands ouverts, le visage où la bouche noircie riait d'un horrible rire, donnaient la sensation de l'éternel sommeil.

Dans la salle aux murs froids, aux dalles grises, pesait un silence oppressant. A terre, près de la morte, le drap que l'on avait rejeté tout à l'heure portait quelques traces de sang. Les magistrats observaient l'accusé qui, tout droit, entre deux gardes, conservait son attitude hautaine, les mains croisées derrière le dos, le buste un peu rejeté en arrière, impassible.

Le juge d'instruction prit la parole:

—Eh bien, Gautet, reconnaissez-vous votre victime?

L'homme tourna la tête, regarda tout à tour le juge et la morte comme s'il cherchait dans sa mémoire quelque très lointain souvenir, puis répondit d'une voix lente:

—Je ne connais pas cette femme, monsieur le juge. Je ne l'ai jamais vue.

—Des témoins affirment pourtant, et de la façon la plus formelle, que vous étiez son amant…

—Les témoins se trompent, monsieur; je ne connais pas cette femme.