D'un geste de dégoût, il essaya de la chasser; mais la bête revint, s'agrippant à sa chair, de toute la force de ses pattes empoisonnées.

Alors, d'un bond, l'homme se rejeta en arrière, les yeux hagards, les cheveux hérissés, les mains tendues, tout son corps grelottant, et se mit à hurler d'une voix folle:

—J'avoue!… C'est moi!… Emmenez-moi!… Emportez-la!…

La Maison vide

La serrure crochetée, l'homme entra, ferma la porte avec soin, prêta l'oreille et s'arrêta.

Il avait beau savoir la maison vide, ce silence profond et cette grande nuit l'impressionnaient. Jamais il n'avait éprouvé à un tel point le désir et la peur de la solitude. Il avança la main, frôla le mur et poussa le verrou. Alors, seulement, un peu rassuré, il tira de sa poche une petite lampe électrique et regarda autour de lui. La lumière projetait sur l'ombre des taches pâles et qui dansaient à chaque battement de son coeur. Pour se donner du courage, il murmura:

—Je suis chez moi!

Il se mit à rire, puis pénétra dans la salle à manger.

Tout y était d'une propreté méticuleuse. Autour de la table, quatre chaises étaient posées; une autre, près de la fenêtre, mirait dans le plancher luisant ses pieds grêles. Un parfum vague de fruits et de tabac flottait dans l'air. Il ouvrit les tiroirs du buffet où quelques couverts d'argent étaient soigneusement rangés, songea: «Ça vaut toujours mieux que rien», et les mit dans sa poche. Mais, à chacun de ses mouvements, les couverts, se heurtant, sonnaient contre lui, et, toujours par crainte de ce bruit, qui ne pouvait éveiller personne, il recula sur la pointe des pieds, négligeant des cuillers en vermeil et de petits couteaux à manche de nacre entrevus au fond d'un écrin. Pour excuser sa faiblesse, il se dit:

—Ce n'est pas pour ça que je suis venu…