Le crime, cependant, ne l'avait jamais effrayé. Souvent, il avait vu son couteau rouge; il avait reçu au visage la giclée chaude lâchée par les artères crevées; il connaissait l'odeur du sang, le râle du corps qui se vide… La mort qu'on donne n'est rien… Mais ça!!… Un respect soudain éveillé en son âme d'assassin le tenait immobile, une terreur superstitieuse du grand mystère le glaçait… Il avait cru la maison vide, et il était entré chez un mort!… Il avait volé près d'un mort!… Un mort!… Voilà donc d'où venaient cet effrayant silence et cette ombre si calme!…
Et comme au loin, très loin, une horloge sonnait cinq heures, sans oser tourner la tête vers le butin oublié, sa casquette aux doigts, avec une grande peur traversée par des souvenirs de prières, les yeux dilatés, attirés dans la nuit vers ce mort qu'il n'avait pas fait, butant contre les meubles, il sortit de la pièce à reculons…
Un Maniaque
Il n'était ni méchant, ni sanguinaire. Il avait seulement une conception très spéciale des plaisirs de l'existence. Peut-être parce que, les ayant tous pratiqués, il ne trouvait plus d'imprévu à aucun.
Il allait au théâtre, non pour suivre le spectacle, ou pour lorgner de droite et de gauche, dans la salle, mais dans le seul espoir d'être, un jour, témoin d'un incendie. A la foire de Neuilly, il suivait toutes les séances des ménageries dans l'attente de la catastrophe: le dompteur dévoré par ses fauves. Il avait essayé des courses de taureaux, mais s'en était dégoûté vite, la tuerie prenant ici un aspect trop réglé, trop naturel, et il lui répugnait de regarder souffrir.
Il cherchait uniquement l'angoisse horrible et fugitive du «jamais vu». A telle enseigne que, s'étant trouvé à l'incendie de l'Opéra-Comique et en étant sorti indemne; qu'ayant été à deux pas de la cage des fauves le jour où Fred avait été dévoré par ses lions, il s'était presque désintéressé du théâtre et des ménageries. A ceux qui s'étonnaient de cet apparent changement dans ses goûts, il répondait:
—Maintenant, j'ai vu. Ça ne me ferait plus rien. Je voulais me rendre compte de l'effet produit sur les autres et sur moi.
Lorsqu'il fut privé de ces deux plaisirs favoris—il avait employé dix ans de sa vie avant d'arriver à leur réalisation—il vécut de longs mois dans le marasme, sortant peu, désoeuvré.
Or, un matin, les murs de Paris se couvrirent d'affiches multicolores représentant, sur un fond azuré, une piste étrange inclinée, qui se nouait et retombait comme un ruban. Tout en haut, un cycliste, point minuscule, semblait attendre un signal pour se lancer vers le plongeon vertigineux.
En même temps, dans les journaux, on lut le récit d'un extraordinaire tour de force et l'on eut ainsi l'explication de cette affiche bizarre.