Pendant deux mois, tous les soirs, à la même heure, il entra dans la même loge, se mit à la même place… L'accident ne se produisait pas. On avait fini par le connaître au contrôle. Il avait du reste loué la loge pour toute la série des représentations, et l'on se demandait la raison de cette fantaisie coûteuse, sans la pouvoir découvrir.

Un soir que l'acrobate avait fait son tour plus tôt que de coutume, il le rencontra dans un corridor et vint à lui. Il n'eut pas besoin de se présenter longuement.

—Je sais, monsieur, lui répondit le gymnasiarque, que vous êtes un habitué de la maison. Vous y venez tous les soirs.

Il parut surpris et demanda:

—En effet, je m'intéresse vivement à votre exercice… Mais, qui a pu vous dire?…

L'homme sourit:

—Oh! personne. Je vous vois, simplement.

—Voilà qui est surprenant. A une hauteur pareille… dans un pareil moment… vous avez l'esprit assez libre pour considérer les spectateurs dans la salle?

—Oh! pardon. Je ne considère pas les spectateurs dans la salle. Ce serait fort dangereux pour moi, et j'ai trop besoin de toute ma présence d'esprit pour chercher des visages dans cette foule qui s'agite et murmure. En toutes choses concernant notre profession, à côté du tour en lui-même, de sa théorie et de sa pratique, il y a un procédé, un truc…

Il sursauta: