—Ta pauvre maman!…
Et deux larmes glissèrent sur sa bonne figure toute ronde, sa bonne figure que le chagrin, le froid de la rue et la tiédeur de la pièce avaient congestionnée un peu.
Ensuite, par besoin d'entendre autre chose que le ronron du chat, le tic-tac de l'horloge et le crépitement du bois sur les chenets envahi, à son insu, par cet orgueil de vivre après ceux qui s'en sont allés pour jamais, il se mit à parler:
—Tu as vu les Dupont? Ils étaient tous là, et la présence du grand-père m'a beaucoup touché… Ta maman les aimait bien… Mais, comment se fait-il que ton ami Brémaud ne soit pas venu?… Oui, je sais… Au milieu de tout ce monde, il se peut que je ne l'aie pas remarqué…
Il soupira encore: «Mon pauvre petit!…» repris d'une tendresse câline pour ce grand garçon de vingt-cinq ans qui, près de lui, pleurait silencieux.
La vieille bonne entra sur la pointe des pieds, si doucement qu'ils ne l'entendirent pas ouvrir la porte.
—Allons, monsieur! il ne faut pas rester comme ça! Il faut manger!
Ils levèrent la tête.
C'était vrai! Il fallait manger. La vie les reprenait. Ils avaient faim, non pas cette faim heureuse des jours où l'on aime à s'installer commodément à table, mais la faim de la bête qui se sent l'estomac vide. Jusqu'ici, une pudeur les avait retenus. Maintenant, ils se regardaient sans rien dire, désirant et redoutant à la fois ce premier tête-à-tête à la table trop grande, près de la place vide.
Et le père, les yeux gros de larmes, murmura: