Avait-il le droit d'abandonner ce pauvre être, de le laisser vieillir tout seul au foyer déserté?… Partir! Voilà tout ce qu'il trouvait pour payer sa tendresse, ses efforts, ses privations… Oui…

Mais il n'était pas son fils… Sa présence ici, sous son toit, avait quelque chose d'intolérable, d'odieux… Pourtant, il fallait se décider, de suite; après, il serait trop tard.

Il tenait toujours la lettre de sa mère. Il se remit à lire:

«Il eût suffi de peu de chose pour me donner cette énergie, sans doute: un soupçon, une parole mauvaise… Mais rien, pas un nuage…»

La voix du père reprit, derrière la cloison:

—Oui, j'ai vécu vingt-sept ans avec elle, et, durant vingt-sept ans, entre nous, rien, pas un nuage…

Les mêmes mots… la même phrase!…

Il reprit sa lecture:

«Et maintenant, je vais te dire le nom de ton vrai père. C'est…»

La lettre tremblait dans ses doigts. Un regard, et le nom serait à jamais gravé dans ses yeux, dans tout son Etre… et alors… alors… il ne pourrait plus…