Il se mit à pleurer. La phrase de la lettre revenait à sa mémoire: «Tu es à l'âge où on peut prendre les plus graves décisions».

C'était vrai. Il n'avait même pas le droit d'hésiter. Pas une seconde, l'idée de la richesse n'effleura son esprit. Il aurait simplement le courage qui lui avait manqué, à Elle. Il quitterait cette demeure sans rien dire… Il s'en irait très loin, très loin, pour ne plus revenir. Ainsi, la honte, la honte qu'il savait, partirait avec lui. Comment pourrait-il, à présent, sans rougir, s'asseoir à cette table? entendre la bonne voix lui dire: «Mon petit», et rappeler le souvenir de la «pauvre maman…»?

Sa résolution était prise. Il sanglota:

—Oh! maman, maman! qu'est-ce que tu as fait!…

Adieu la vie tranquille et calme, le retour au foyer, le regard attendri sur le passé défunt, car, il n'avait pas le droit, en vérité, de continuer le mensonge et la faute.

Il restait immobile, abîmé dans sa douleur.

Un bruit venait de la salle à manger.

—… Pauvre petit!… Il a du chagrin!… Il est dans la chambre de sa maman… Laissez-le pleurer… Ah! nous sommes bien malheureux… Je me sens si vieux! Il me reste, heureusement! C'est un brave enfant, il ne me quittera pas!

Il releva la tête et se mordit les lèvres. Le père parlait toujours, et, peu à peu, en l'écoutant, ses pensées prenaient un autre cours. La voie qu'il devait suivre lui semblait moins facile, son devoir lui apparaissait plus obscur.

«Il ne me quittera pas…»