—Peut-être…
De retour chez nous, je pleurai tout mon saoul. Je me doutais bien qu'il ne voulait pas tout me dire, que j'allais devenir aveugle. Je me mis à marcher par la maison, par le jardin, regardant de mes yeux grands ouverts où les mouches dansaient toujours, comme si j'avais pu enfermer là-dedans tout ce que, bientôt, je ne verrais plus: les meubles, le bon lit, et la pendule qui tic-taque dans sa gaine, et le vieux chien qui dort auprès de la broche qui tourne, les arbres du jardin et les fleurs des massifs; le puits, d'où la fraîcheur monte pendant l'été, le gai poulailler où les bêtes tapent du bec entre les cailloux gris, et le petit coq blanc qui se cacha quand il me vit paraître, le petit coq si triste, avec ses plumes ternes et sa crête pâlie…
… Le lendemain, je commençai le traitement. Je me couchai; on ferma les volets, et, afin qu'on puisse se guider dans la pièce pour me servir, on alluma sur la cheminée une veilleuse: c'est tout ce qu'on m'avait permis comme lumière. Ah! ces journées! en ai-je fait des réflexions, et tristes! me suis-je creusé la tête, pour savoir d'où le mal pouvait venir!
Un matin, des voisins m'amenèrent un rebouteux du pays. Il me posa d'abord des questions à n'en plus finir, puis fit des tas de signes sur moi, et me dit brusquement:
—Est-ce que vous n'avez jamais fait de mal aux bêtes?
Du coup, le petit coq revint à mon esprit. A lui, non certes, je n'en avais pas fait; mais j'avais pris sa poule, et il l'avait bien défendue, et il dépérissait depuis!…
A partir de ce moment-là, ce fut une idée fixe. Tous les matins, je demandais des nouvelles de la bête; on me répondait en haussant les épaules:
—Mais il va bien! Qu'est-ce que tu as donc à t'en soucier si fort?
Je n'osais point le dire, monsieur, ce que j'avais. Mais ce qui est bien sûr, c'est que le petit coq ne chantait plus, et que mon mal ne faisait qu'empirer. Je voyais moins distinctement la flamme de la veilleuse qu'aux premiers jours.
Une nuit, ma femme était étendue près de moi; je m'assoupis. Au bout d'un moment, je m'éveillai. Je ne vis rien. Pas de veilleuse, pas une lueur. Au bruit que je fis en me retournant, ma femme s'éveilla à son tour: