La maison n'offrait par elle-même rien de particulièrement intéressant. Tout y était vieux, triste, délabré. Le long des murs, les papiers, par endroits, s'étaient déchirés et pendaient, laissant voir le plâtre jauni. Des cadres à la vitre embuée recouvraient des gravures passées; les meubles, d'une forme antique, étaient couverts d'une couche épaisse de poussière, et les feuillages du jardin tamisaient si étroitement la lumière que les pièces s'éclairaient à peine d'une lueur indécise, quand on poussait les volets.
Le maître du logis me guidait dans l'appartement, refermant les portes avec un soin silencieux, me renseignant en quelques mots brefs:
—Ici, une chambre à coucher. Un cabinet de toilette. Là, une autre chambre. La lingerie communiquant avec une chambre d'amis. A l'étage supérieur, les communs, le grenier.
La visite achevée, je dis machinalement—pour dire quelque chose:
—C'est tout?
Il s'arrêta, me fixa longuement, comme si ma question avait eu quelque chose d'insolite, puis, ayant choisi dans son trousseau une clef, il l'enfonça dans une serrure qu'il fit jouer, et me répondit d'une voix bizarre:
—Non. Il y a encore cette pièce.
J'entrai. Il y faisait très sombre, très humide. Je distinguai une fenêtre munie d'épais barreaux, deux escabeaux, une table carrée poussée le long d'un mur. Il entre-bâilla les volets, et, dans le demi-jour revenu, j'aperçus, pendant à un crochet du plafond, une corde avec un noeud coulant, et, dans un coin, une horloge de campagne, si poussiéreuse qu'elle n'avait plus de couleur, et qui, malgré qu'elle semblât, ainsi que tous les objets de cette maison, n'avoir pas été touchée depuis des années, battait l'heure d'un tic-tac lugubre et régulier.
De suite, cette simple horloge retint mes regards et ma pensée avec une force si extraordinaire que la parole de l'inconnu résonnant dans cette salle basse, me fit à peine tressaillir.
—C'est ici la chambre du crime.