Et voici que, dans le même instant, retentit le cri lugubre du crapaud. A la lueur mourante qui tout à l'heure, avait ravi ses yeux, il vit luire son corps gluant. Un attendrissement l'envahit, il regarda l'animal détesté comme un sauveur. Il se mit sur la pointe des pieds pour ne pas le gêner dans sa route, devinant que la bête allait d'instinct vers la lumière, et, qu'en suivant sur les dalles sonores la trace immonde de sa course, il marcherait, lui, vers le jour radieux.
La bête, estropiée jadis, avançait par sauts maladroits. Il ne la quittait plus des yeux, guettant sa piste. Derrière elle il rampa dans des corridors, montant et descendant des marches, murmurant avec un accent de prière:
—Va… va… Emmène-moi…
Tout à coup, un vent frais caressa son visage, et, devant lui, se détacha un pan de ciel, où des étoiles achevaient de briller. Au loin, un rais de lumière neigeuse frangé de nuages, lui apparut. Les deux mains jointes, il pleura.
Ensuite, secouant son émotion, il avança une jambe: son pied glissa. Il posa l'autre: l'autre glissa aussi. Le sol semblait se dérober sous lui, il enfonça jusqu'aux chevilles. Il essaya de dégager ses jambes prisonnières: il enfonça plus vite. Il était enlisé maintenant jusqu'aux genoux. Il étendit les mains, et, ses mains, qu'il croyait appuyer sur la terre solide, enfoncèrent dans une boue épaisse… Il descendait, descendait… Il voulut appeler: sa voix s'éteignit dans sa gorge. La boue montait. Il en avait jusqu'aux hanches… Elle étreignit son ventre, glissa jusqu'aux aisselles, effleura son menton et vint frôler ses lèvres…
Alors, comme dans un suprême effort, il ouvrait toute grande la bouche pour hurler, il entendit le cri qui avait obsédé ses veilles; il sentit un corps mou contre sa face blême, et devant lui, ventre gonflé, pattes tendues, il vit passer le gros crapaud qui s'étala dans l'eau fétide.
L'homme gémit:
—Ah! tu te venges!…
Puis, il ferma les yeux, râla: «Mea culpa» et disparut.
… De l'étang, soudain éveillé, s'élevèrent des coassements joyeux… La nuit mourait au bord du ciel changeant. Les rides du marais s'élargissaient dans l'ombre… L'eau se tut.