Un oiseau de ténèbres, fuyant le jour à tire d'ailes, effleura de son vol la moire sombre de l'étang, et l'aube lente, à travers la pluie grise, se hissa tout à fait sur l'horizon.
Fascination
Il y a une heure, j'étais un prisonnier. Et quel prisonnier! Ce n'était pas ma liberté ou mon honneur que je jouais: c'était ma tête.
J'ai connu les sommeils terrifiés avec les cauchemars de guillotine. J'ai passé avec épouvante mes mains moites sur mon cou glacé, pour deviner la route étroite qu'allait y tracer le couteau. J'ai frémi aux murmures hostiles de la foule. A mes oreilles, j'ai entendu hurler: «A mort!»
Tout cela, d'un seul mot, vient de s'évanouir. Je suis libre. J'ai retrouvé la rue bruyante et les lumières des magasins. Tout à l'heure, je vais dîner, bien à mon aise. Assis auprès du feu, je fumerai ma pipe, et, cette nuit, je m'endormirai calme, reposé, dans le lit tiède qui m'attend.
Et pourtant, je ne me suis jamais senti criminel autant qu'à cette heure où des juges viennent de m'absoudre. Je me demande par quelle aberration ils n'ont pas su voir l'être que je suis en réalité. Je demeure interdit devant la puissance de la dénégation, et j'ai besoin, pour bien reprendre mes esprits, d'écrire la vérité masquée depuis trois mois avec tant de cynisme, que j'en arrive, par instants, à me prendre moi-même à mes mensonges.
Car, en vérité, je suis un assassin: j'ai tué une femme.
Pourquoi?… Je ne l'ai jamais su exactement.
Pas par jalousie, en tous cas: je ne l'aimais pas. Pas pour la voler: je suis riche, et les quelques francs qu'on a trouvés sur elle n'auraient pu me tenter. Pas par colère, non plus…
Nous étions dans cette chambre. Elle, debout auprès de cette glace; moi, assis, comme je le suis à présent. Je lisais. Elle me dit: