—Peut-on dire!… Ça n'est pas lui, non, ça n'est pas lui… Vous n'avez pas honte!… Qu'est-ce qu'on vous a fait, pour que vous vous mettiez tous après nous?… Pauvre petiot!… On va bien voir!…
Et, sans fermer la porte derrière elle, sans même prendre ses sabots, elle courut jusqu'à la gare.
Elle arriva à la ville sur le coup de sept heures. Durant le voyage, sa terreur n'avait fait que croître. Elle ne disait plus: «C'est impossible!» mais: «Si c'était vrai!…» La route lui avait paru interminable, tandis que, devant elle, filaient la campagne, les champs, les poteaux télégraphiques et les fils qui montent et descendent dans un balancement vertigineux. Lorsque le train stoppa, elle se mit à trembler, trouvant presque que l'instant où elle allait savoir enfin était trop vite arrivé.
Elle murmurait des Pater et des Ave, ajoutant des supplications aux prières qui, machinalement, venaient à ses lèvres:
—Oh! bonne Vierge, vous n'avez pas voulu ça, n'est-ce pas?… Les belles prières que je vous ferai tout à l'heure!…
Derrière la grille, la cour de la caserne s'allongeait toute blanche, avec ses bâtiments carrés. Des soldats étaient assis sur le pas de la porte, causant, dans le calme du soir. Son petit lui avait appris à connaître les grades. Très humble, elle s'arrêta:
—Pardon, monsieur le sergent, je voudrais vous demander un petit mot.
Voilà…
Elle hésita, n'osant dire tout de suite sa vraie peur.
—Voilà… C'est rapport à mon fils… Michon, Jules, de la 3e compagnie… Je voudrais savoir si… je pourrais le voir…
Elle essaya de sourire: