—Je suis sa mère… sa maman… Non? Eh bien!… où est-il donc?… il n'est pas malade, je pense?… Alors?… Si, je sais?… Non, mais non… je ne sais pas… Il est puni?… A la salle de police?… non?… En… en prison… vous dites?… Il va passer en conseil de guerre?…
Elle cacha sa tête dans ses mains:
—Bonne Dame, c'était donc vrai! Bonne Dame!…
Elle s'éloigna, titubant presque. A la prison militaire, on lui dit que le petit était au secret, et ce mot de secret grandit encore son épouvante. Elle le vit seul, à jamais séparé du monde, enfermé. On lui dit d'aller voir son avocat, et, du même pas heurté, elle s'en fut chez l'avocat. Par lui, elle sut toute la vérité. Le doute n'était plus possible. Le petit avait tué pour voler; on avait retrouvé l'argent—près de six cents francs—dans sa paillasse… Enfin, il avait avoué.
Quand elle eut vainement pleuré, supplié pour qu'on le lui laissât voir, elle rentra au village. Chacun savait. Craignant les paroles et les regards, elle revint chez elle, à la nuit. Comme une pauvre bête qui redoute les coups et qui se cache, elle n'osait plus sortir, gardant ses persiennes fermées, prenant chaque matin, en tremblant, le journal glissé sous sa porte.
Ainsi, elle lut tous les détails du crime et tout ce dont on accusait son enfant. Des gens avaient déposé devant le juge, et tous laissaient entendre que c'était le fils Michon qui avait volé le tonnelier. Ça, ça n'était pas vrai! Elle en jurerait… Puis de cela aussi, elle se prenait à douter.
Au bout d'un mois, elle retourna chez l'avocat. Maintenant, elle ne demandait plus à voir son fils, non qu'elle eût cessé de l'aimer, grand Dieu!… Elle avait honte…
—Qu'est-ce qu'ils vont lui faire, mon bon monsieur? Vous n'allez pas me le laisser prendre…
—Ma pauvre femme, j'ai bien peur… Si seulement je trouvais une circonstance atténuante…
—Comment dites-vous ça? Une circonstance… qu'est-ce que ça signifie?…