—Lui connaissiez-vous de mauvaises fréquentations?

—Jamais. Ni son père, que tout le monde aimait et respectait, ni moi, n'aurions permis… On peut dire que nous étions bien estimés, allez!…

—Nous savons, nous savons…

Puis se tournant vers l'accusé:

—Vous le saviez aussi, et c'est bien pour cela que, vous sentant à l'abri derrière l'honorabilité de vos parents, vous profitiez de votre séjour chez votre mère pour voler… Comment soupçonner le fils de si braves gens?… D'aucuns peuvent dire: «Je ne suis qu'à demi responsable. Les mauvais exemples que j'eus sous les yeux m'ont perdu». Vous, vous n'avez même pas cette excuse.

Alors, la vieille parut faire un puissant effort sur elle-même. Dans ses yeux tout petits, où les larmes avaient mangé les cils, une lueur étrange passa, et, le front baissé, sans un geste, d'une voix qui ne tremblait presque plus, elle parla.

—Pardonnez-moi, monsieur. Il faut que je vous dise la vérité. Le petit est coupable, bien coupable, c'est vrai… Mais il n'est pas le seul… Tout à l'heure, je vous ai dit que je n'ai jamais rien eu à me reprocher… J'ai menti. Les trois cents francs du tonnelier, c'est moi qui les ai volés, moi… Quand le petit est venu en permission, je lui ai avoué… Alors, cet enfant, il a pris peur… il s'est dit que sa mère allait être perdue d'honneur et de réputation… et c'est pour les rendre, pour que personne ne porte plainte, qu'il a volé à son tour… Enfin, il s'est affolé… il a été surpris… et le malheur s'est fait.

Elle se tut un instant, oppressée; puis, d'un ton plus bas:

—J'ai menti… Je suis une mauvaise femme. C'est moi qui ai été le mauvais exemple… Il faut m'arrêter… C'est une circonstance atténuante pour lui, n'est-ce pas?… Pardon, monsieur…

Plus courbée, les épaules plus humbles et la tête plus basse, elle semblait petite, petite…