… Le fils ne fut condamné qu'aux travaux forcés à perpétuité. Elle, mourut peu après, réprouvée par tout le village. On dit pour elle une rapide messe, et l'on mit son corps en pleine terre, tout au bout du cimetière, en un coin où, dans les plus beaux jours, l'église et son clocher n'étendaient même pas leur ombre.
Cette histoire me fut contée près de sa tombe qu'ornaient seules une croix de bois noir, abîmée par le temps, et une couronne de perles rouillée, tordue, cassée, où, cependant, je pus lire ces mots:
A Françoise Michon.—Les juges de son fils.
Le Puits
Assis au seuil de sa maison, les jambes écartées, les deux mains appuyées au pommeau de sa canne, le vieux gardait le silence, ce silence des paysans dont on ne saurait dire s'il est peuplé de souvenirs ou s'il est morne et sans pensée.
La journée s'achevait. Dans le ciel amolli montait l'appel lointain des bêtes à l'étable. Un vieux cheval passa, rentrant tout seul à l'écurie, tirant derrière lui ses traits qui traînaient sur la route.
Le vieux le suivit des yeux, hocha la tête, et soupira:
—Quand j'aurai ton âge, on ne me verra plus sur les chemins!…
—Il est donc si âgé que cela? demandai-je.
—Vingt ans au moins. Ça fait quatre-vingts ans pour un homme.