—Oh! soyez sans crainte!

Il partit.

C'était une admirable matinée de juin. Il avait rabattu les bords de son chapeau pour se garantir de la lumière. La route lui sembla interminable. Enfin, les premières maisons du village apparurent. La voiture traversa la Grande-Rue, la place du Marché. En bas de la côte, il dit au cocher d'arrêter.

—C'est bien là?

—Oui, monsieur, voyez, droit devant vous.

Au bout du raidillon, la petite maison se dressait, toute blanche, baignée de lumière, dans le jardin déjà brûlé. L'ombre même était dorée, tant le soleil coulait gaiement le long des murs. Comme il était très ému, ses jambes tremblaient un peu sous lui. La chaleur de midi approchant l'étourdissait aussi. Il gravit la pente lentement. Passant la main entre les barreaux de la grille, il leva la targette, et, sur la pointe des pieds, de crainte que son pas fît crier les graviers du jardin, il avança. Il faisait si chaud que le chien endormi dans la niche ne l'entendit pas. Les volets étaient clos. Il voyait tout cela pour la première fois, et pourtant il se sentait chez lui. Il se disait:

—Oh! la jolie, la joyeuse petite maison!

Il en imaginait l'intérieur, les chambres confortables et fraîches. Il murmurait:

—Mon Dieu, que c'est bon! que c'est bon!

Il fut sur le point d'appeler: «Jeanne! C'est moi! Viens!» Mais il se contint. Pour que la surprise fût complète, il heurterait à la porte, et, quand elle ouvrirait, il lui tendrait les bras. Il avait si souvent rêvé cette minute qu'il aurait pu la raconter dans ses moindres détails. Et voici que le rêve était une réalité, une réalité baignée de lumière et de joie… pareille au rêve…!