—Et puis après?…
Il reprit son rêve. Et toujours, à peine l'avait-il formulé, il haussait les épaules.
—Ce n'est pas cela! Est-il donc si difficile de trouver une minute de vrai bonheur…
… Comme il allait ainsi, il vit, sous le porche d'une maison, un autre mendiant qui grelottait, les traits tirés, la main tendue, demandant d'une voix si triste et si faible, qu'elle se perdait dans le murmure de la rue:
—La charité, s'il vous plaît… La charité…
Auprès du mendiant, un chien était assis, un pauvre chien au poil mouillé qui, transi, tremblant sur ses pattes, jappait très doucement en agitant la queue. Il s'arrêta. Le chien, devant cet autre compagnon de misère, jappa plus fort et le frôla de son museau.
Lui, regardait le mendiant, ses haillons, ses souliers éculés, ses pauvres mains bleuies de froid, sa face impassible, sa face livide aux yeux clos, et la pancarte grise qui s'étalait sur sa poitrine avec ce mot: «Aveugle.»
L'aveugle, sentant un homme arrêté près de lui, redit son refrain lamentable:
—Ayez pitié, monsieur… La charité…
Le mendiant demeurait immobile. Les passants pressaient le pas et détournaient la tête. Une femme emmitouflée de fourrures, suivie d'un valet en livrée qui l'abritait d'un parapluie, traversa la voûte, marchant vite, sur la pointe des pieds, garantissant sa bouche avec son manchon, et s'engouffra dans sa voiture.