Alors, d'un geste las, il haussa les épaules, et murmura:
—Il a eu au moins le courage, celui-là!…
Puis, du bout du pied, il toucha les flancs de son chien, et se remit en route, tâtant le sol de son bâton, la face tendue vers le ciel, les reins cambrés… sans savoir…
Un Savant
Nadal, le grand Nadal, professeur à la Faculté de médecine, membre de l'Institut, grand-officier de la Légion d'honneur, allait mourir.
Depuis quarante ans, il avait été la gloire et l'orgueil de sa profession. Fils d'ouvriers, il s'était élevé, par la seule puissance de son travail, aux plus hautes dignités. Les plus sévères s'inclinaient devant sa probité scientifique, les plus pauvres devant son inépuisable bonté. Il aurait pu être millionnaire, et vivait à peine à son aise dans un appartement modeste de la rive gauche. Par tous les temps, été, hiver, il s'en allait à pied dans les quartiers populeux, s'asseyant au chevet des plus humbles.
Avec lui, disparaissait une belle figure, un de ces rares échantillons d'humanité qui, à eux seuls, consolent de toutes les laideurs de la vie. Son existence avait été celle d'un savant et d'un sage. Sa fin avait l'harmonie calme d'un beau soir.
Quand il sentit que la mort était là, il manda auprès de lui ses élèves préférés.
Lorsqu'ils furent tous rassemblés autour de son lit, il leur fit signe d'approcher, et, le corps plié en deux, les bras ramenés en avant, les doigts un peu crispés à la couverture, il demeura quelques instants silencieux.
Déjà des ombres grises descendaient de son immense front jusqu'aux lignes pâles de son visage.