Dans un coin, un vieillard pleurait en silence. Les autres se taisaient, recueillis.
Il ouvrit les yeux, et, de cette belle voix large et grave que connaissaient si bien les pauvres qu'il avait consolés et ses disciples dont il avait façonné le cerveau, il parla:
—Mes chers amis, je vous remercie profondément d'être venus écouter les dernières recommandations du vieux maître qui s'en va.
Il s'arrêta, cherchant les mots. Sa voix un instant vivante et claire s'assourdissait. Les phrases qui, jadis, venaient en foule sous les lèvres, imagées, fortes, précises, semblaient fuir.
Un de ses élèves lui dit très doucement:
—Maître, il ne faut pas vous fatiguer…
Il releva la tête, passa ses doigts sur ses tempes, et reprit:
—Je ne me fatigue pas… Ce n'est pas encore la mort qui étouffe ma voix et embarrasse ma parole… c'est la peur!…
Tous, à ce mot qu'il n'avait jamais prononcé, se regardèrent, interdits.
Il ajouta:
—Oui… la peur… la peur de ce que je vais vous dire, car c'est une si effrayante chose, que mon poil se hérisse à la seule pensée de vous le révéler, et que vous-mêmes serez glacés d'effroi lorsque vous l'aurez entendu!…