Approchez… c'est toute ma vie que je vous livre… tout mon crime que je vais expier.
J'ai vu des meurtriers… J'ai vu des parricides… Il n'est pas un seul des plus infâmes criminels que je ne tremble de retrouver là-bas…
Écoutez-moi…
Tous ici, vous savez, pour en avoir partagé parfois les travaux, à quelle recherche j'avais consacré ma vie. Vous savez avec quelle opiniâtreté sauvage j'ai voulu découvrir la nature du cancer, son traitement, sa guérison… J'ai passé des jours et des nuits penché sur des cultures, enfermé dans mon laboratoire. J'ai connu toutes les affres des inventeurs… vous les avez ressenties avec moi. Puis, un beau jour, quand, à force de travaux, de calculs, d'essais, nous fûmes arrivés à un résultat… souvenez-vous… J'ai fait la première application de mon sérum.
Je vous demandai sur l'honneur de n'en souffler mot à âme qui vive. Dieu m'est témoin qu'alors, je n'avais aucune intention coupable. Je voulais seulement pouvoir poursuivre mes essais dans le calme et dans le recueillement. Vous-mêmes ignoriez sur quel sujet j'expérimentais, et nul de vous ne chercha à le savoir…
Il prit sa tête entre ses mains, appuyant sur ses yeux comme pour écraser une vision passagère, et reprit d'une voix forte:
—Eh bien! La malade traitée par moi guérit!…
Croyant d'abord à une simple coïncidence, j'hésitai à vous en faire part. Je tentai donc une seconde expérience, une troisième… dix… vingt… trente!… toutes furent concluantes!
N'ayant dit, ni aux malades, ni à leur entourage de quel mal ils étaient atteints, ils ne purent colporter les cures merveilleuses. Et je fus seul au monde, seul, à savoir quelle chose formidable j'avais découverte!…
Pour la seconde fois, il se tut, et soupira: