Le long de la chaussée, de petites voitures de fleurs étaient arrêtées. Des chrysanthèmes aux pétales fléchis se penchaient, en bottes, sur des roses: de-ci, de-là, des mimosas laissaient tomber sur des violettes leur poudre d'or. Plus près du cimetière, devant les marbriers, des pots de fleurs s'étageaient, tristes, pareils, fusains au feuillage assombri, pensées à la face inquiétante; plus loin, des immortelles et de larges couronnes perlées…
Elle regardait tout cela d'un oeil d'envie, songeant:
—Si je pouvais lui en porter, à Lui!… dans le fond du cimetière, dans ce pauvre carré triste et désert, où il dort sans une croix, sans un mot!
—Assassin!
Elle n'y pensait guère! C'était l'homme adoré, l'amant, qui était là, l'amant qui avait eu son corps, toute son âme… Dans un moment de folie, il avait tué… N'avait-il pas payé sa dette horrible?…
Du jour où on le lui avait enlevé, elle s'était juré de n'être plus à un autre, jamais, d'abandonner sa vie de fille perdue, de travailler, de redevenir honnête et de se laisser oublier… N'était-ce pas assez qu'elle se souvînt!…
Elle regardait toujours les fleurs. Le marchand lui dit:
—Un bouquet? Des chrysanthèmes? Des roses?…
Elle s'en alla sans répondre, car elle n'avait pas un sou.
Alors, une idée se planta en elle: «Des fleurs. Il me faut des fleurs…
Il faut que je lui en donne… J'ai juré.»