Un peu émue, suffoquée par la fumée qui flottait épaisse et âcre, elle toussa, soudain très rouge, et répondit:

—Non… Je n'ai pas le temps… La patronne est là?

—Oui. La voilà.

Elle sourit, d'un air gêné:

—Madame, ce serait pour avoir quelques vêtements. J'ai un peu froid avec ceux-là…

—On a dû monter vos frusques au grenier, je ne sais pas au juste où elles sont. En attendant qu'on les trouve, restez toujours ici à vous chauffer.

—Non, je n'ai pas le temps… Je reviendrai tout à l'heure.

Elle se dirigea vers la porte. Un homme ricana:

—Déjà au travail? Tu ne perds pas de temps!

Elle sortit, et le froid lui parut encore plus piquant, maintenant qu'elle avait séjourné dans cette atmosphère trop chaude. Sur le trottoir, des gens passaient, des bouquets, des couronnes dans les bras; des gens en deuil à la démarche lente; d'autres endimanchés, portant aussi des bouquets, mais causant et riant, allant au cimetière sans grand émoi, comme on accomplit un devoir où il entre autant d'habitude que de sentiment. Et, rien qu'à voir ces hommes, ces femmes, ces enfants, l'on pouvait deviner ceux dont les deuils étaient proches et la douleur mal assoupie.