C'était une matinée chagrine d'automne. De l'eau suintait le long des murs. Tout était gris: le ciel, les maisons, les arbres dénudés et l'horizon brumeux où les gens passaient vite, fuyant la tristesse des rues.

Comme elle était tombée malade en plein été, elle portait une jupe très mince, un pauvre caraco de toile claire. Le ruban froissé qui entourait son cou décharné la faisait encore plus lamentable. Jupe, corsage, ruban que le soleil, peut-être, faisait sourire, et qui semblaient pleurer dans le jour hésitant…

Elle se mit en marche d'un pas indécis, s'arrêtant à chaque minute, essoufflée et la tête lourde. Les gens qui la croisaient se retournaient quelques secondes. Elle semblait hésiter, prête à parler, puis, peureuse, regardant de droite et de gauche, reprenait son chemin… Elle traversa ainsi la moitié de Paris. Sur les quais, elle resta immobile, contemplant le flot lourd et boueux. Un grand froid la secoua, et craignant de ne plus pouvoir avancer, elle se remit en route.

La place Maubert, l'avenue des Gobelins franchies, elle se sentait presque chez elle, dans son quartier. Bientôt, elle rencontra des figures de connaissance, des gens qui, la voyant passer, disaient:

—Mais… est-ce que ce n'est pas la maîtresse de Vandat?… Qu'elle est changée!…

—Quel Vandat?

—Mais Vandat l'assa….

Elle pressait le pas, crispant ses doigts sur sa face pour ne pas entendre la fin du mot…

Le jour commençait à décroître quand elle arriva devant l'hôtel borgne où elle demeurait avant sa maladie. Elle entra. Des souteneurs et des filles jouaient aux cartes dans le petit café d'en bas. Dès qu'ils la virent, ils s'écrièrent:

—Tiens! Voilà «Mes Yeux»! (On l'appelait ainsi, autrefois.) Tu prends quelque chose, «Mes Yeux»? Assieds-toi…