[5] Voici, d’après E. Bugnion, quelques degrés de cette évolution : 1er degré : tassement de la sciure de bois dans la partie externe des galeries. Boudins plus ou moins compacts, formés de sciure et de crottes, destinés à boucher les issues (Calotermes, Termopsis).
2e degré : Agglutination de débris de bois au moyen de la salive ou du liquide contenu dans le rectum, de manière à former des tunnels, des cloisons protectrices et des nids entièrement clos. Industrie du carton de bois en général (Coptotermes, Arrhinotermes, Eutermes).
3e degré : Art de maçonner au moyen d’un mortier formé de grains de terre et de salive. Perfectionnement graduel à partir de simples encroûtements de terre jusqu’aux termitières les plus parfaites.
4e degré : Culture des champignons. Art de plus en plus parfait des termites champignonnistes (Termes).
La fourmi rôde donc jour et nuit sur la meule, à la recherche d’une ouverture. C’est surtout contre elle que toutes les précautions sont prises et que les moindres fissures sont sévèrement gardées, notamment celles que nécessitent les cheminées d’aérage, car la ventilation de la termitière est assurée par une circulation d’air à laquelle nos meilleurs hygiénistes ne trouveraient rien à reprocher.
Mais quel que soit l’agresseur, dès que le nid est attaqué et que brèche y est faite, on voit surgir l’énorme tête d’un défenseur qui donne l’alarme en frappant le sol de ses mandibules. Aussitôt accourt le corps de garde, puis toute la garnison qui de ses crânes obture la percée, en agitant au hasard, aveuglément, un buisson de redoutables, d’effroyables et bruyantes mâchoires ou, toujours à tâtons, se précipitant comme une meute de bouledogues sur l’adversaire qu’ils mordent rageusement, emportant le morceau et ne lâchant jamais prise[6].
[6] E. Bugnion, dans son opuscule, nous donne, pris sur le fait, un bien curieux exemple de cette défense intelligente et vigilante. Il avait mis, dans une caissette couverte d’un verre, une colonie d’Eutermes Lacustris. Le lendemain, il trouve la table sur laquelle il l’avait déposée couverte de fourmis terribles, les Pheidologeton diversus. La vitre joignant mal, il crut sa colonie perdue. Il n’en était rien. Avertis du danger, les soldats s’étaient rangés sur la table tout autour de la caissette ; une garde bien alignée se tenait en outre le long de la rainure qui tenait la vitre en place. Faisant face à l’ennemi avec leurs seringues, les vaillants petits soldats avaient veillé toute la nuit et n’avaient pas laissé passer une seule fourmi.
III
Si l’attaque se prolonge, les soldats entrent en fureur et émettent un son clair, vibrant et plus rapide que le tic-tac d’une montre, qu’on entend à plusieurs mètres de distance. Un sifflement y répond de l’intérieur du nid. Cette sorte de chant de guerre ou d’hymne de la colère, produit par les heurts de la tête contre le ciment et la friction de la base de l’occiput contre le corselet, est rythmé très nettement et reprend de minute en minute.
Parfois, malgré l’héroïque défense, il arrive qu’un certain nombre de fourmis parviennent à s’introduire dans la citadelle. On fait alors la part du feu. Les soldats contiennent de leur mieux l’envahisseur, cependant qu’à l’arrière les ouvriers murent en hâte les débouchés de tous les couloirs. Les guerriers sont sacrifiés mais l’ennemi est forclos. C’est ainsi qu’on trouve certains monticules où termites et fourmis paraissent cohabiter et vivre en bonne intelligence. En réalité, les fourmis n’en occupent qu’une partie qu’on leur a définitivement abandonnée, sans qu’elles puissent pénétrer au cœur de la place.