[1] D’après les expériences de L. R. Cleveland, Trichonympha et Leidyopsis permettent, l’un et l’autre, à leur hôte de vivre indéfiniment, mais Trichomonas seul ne lui permet pas une survie dépassant soixante à soixante-dix jours ; quant au Streblomastix, il n’a aucune influence sur la vie de son hôte ; son existence comme celle du termite dépend de la présence des autres protozoaires. Quand on fait disparaître les Trichonympha, les Leidyopsis seuls se multiplient plus activement et remplacent les Trichonympha. Quand les Trichonympha et les Leidyopsis ont tous deux disparu, les Trichomonas les suppléent partiellement.
Ces curieuses expériences furent faites sur le grand termite du Pacifique : Termopsis Nevadensis Hagen. On obtient à volonté l’élimination de l’un ou l’autre des quatre protozoaires à l’aide de jeûnes ou d’oxygénation. Par exemple, après six jours de jeûne, Trichonympha Campanula périt, les trois autres subsistent ; après huit jours, Leidyopsis Sphaerica succombe, après vingt-quatre heures d’oxygénation à l’atmosphère, Trichomonas meurt tandis que les trois autres résistent, etc.
On voit au microscope le protozoaire absorber, par invagination, dans l’intestin de son hôte, les particules de bois, les digérer, puis mourir pour être à son tour digéré par le termite.
De son côté, sorti de l’intestin, le protozoaire périt presque immédiatement, même si on le met sur un tas de cellulose. C’est un cas d’indissoluble symbiose, comme la nature nous en donne quelques exemples.
Il n’est pas inutile d’ajouter que les expériences de L. R. Cleveland ont été faites sur plus de cent mille termites.
Quant à savoir comment ils fixent l’azote atmosphérique dont ils ont besoin pour élaborer les protéines, ou comment ils transforment les carbohydrates en protéines, la question est encore à l’étude.
D’autres espèces, de grande taille, d’une civilisation plus avancée, n’ont pas de protozoaires intestinaux, mais confient la première digestion de la cellulose à de minuscules cryptogames dont ils sèment les spores sur un compost savamment préparé. Ils aménagent ainsi, au centre de la termitière, de vastes champignonnières qu’ils cultivent méthodiquement, comme le font, dans les anciennes carrières des environs de Paris, les spécialistes de l’Agaric comestible. Ce sont de véritables jardins où s’élèvent des meules consacrées à un Agaric (Volvaria eurhiza) et à un Xylaria (Xylaria nigripes). Leurs procédés nous sont encore inconnus, car on a vainement tenté d’obtenir dans les laboratoires les boules blanches de cet agaric appelées mycotêtes ; elles ne prospèrent que dans la termitière.
Quand ils abandonnent la cité natale pour émigrer ou fonder une colonie nouvelle, ils ont toujours soin d’emporter une certaine quantité de ces champignons ou du moins de leurs conidies qui en sont la semence.
Quelle est l’origine de cette double digestion ? On en est réduit à des conjectures plus ou moins acceptables. Il est vraisemblable qu’il y a des millions d’années, les ancêtres des termites qu’on découvre dans le secondaire ou le tertiaire trouvaient en abondance des aliments qu’ils pouvaient digérer sans le secours d’un parasite. Une longue disette survint-elle qui les força de se nourrir de débris ligneux, et seuls ceux qui, parmi des milliers d’autres infusoires, hébergeaient le protozoaire spécifique, survécurent-ils ?
Remarquons qu’aujourd’hui encore ils digèrent directement l’humus qui est, comme on sait, formé de substances végétales décomposées ou déjà digérées par des bactéries. Ceux dont on a supprimé les protozoaires et qui sont sur le point de mourir de faim, reviennent à la vie et prospèrent indéfiniment si on les met au régime exclusif de l’humus. Il est vrai qu’à ce régime les protozoaires ne tardent pas à reparaître dans l’intestin.