PORTRAIT DE FEMME

« … Il disait que l’esprit dans cette belle personne était un diamant, bien mis en œuvre. »

(La Bruyère, Fragment.)

… « Elle est belle, disait-il, de cette beauté que les années altèrent le plus lentement. Elles la transforment sans l’amoindrir et pour remplacer des grâces trop fragiles par des charmes qui ne paraissent un peu plus graves et un peu moins touchants que parce qu’on les sent plus durables. Le corps promet qu’il gardera longtemps, jusqu’aux premiers frissons de la vieillesse, les lignes pures et souples qui ennoblissent le désir ; et l’on ne sait pourquoi l’on est sûr qu’il tiendra sa promesse. La chair, intelligente comme un regard, est sans cesse rajeunie par l’esprit qui l’anime, et n’ose prendre un pli, déplacer une fleur ni troubler une courbe admirée par l’amour.

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« Il ne suffisait pas qu’elle fût l’amie unique et virile, la camarade égale, la compagne la plus proche et la plus profonde de l’existence qu’elle avait liée à la sienne. L’étoile qui la souhaitait parfaite, et qu’elle avait appris à seconder, voulut encore qu’elle demeurât l’amante dont on ne se lasse point. L’amitié sans amour, comme l’amour sans amitié, sont deux demi-bonheurs qui attristent les hommes. Ils ne jouissent de l’un que pour regretter l’autre ; et ne trouvant qu’une allégresse mutilée sur les deux cimes les plus belles de la vie, ils se persuadent que l’âme humaine ne saurait être entièrement heureuse.

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« Au sommet de sa vie veille la raison la plus pure qui puisse illuminer un être ; mais elle ne montre que la grâce et non l’effort de la lumière. Rien ne me paraissait plus froid que la raison, avant que je l’eusse vue jouer ainsi autour du front d’une jeune femme, comme la lampe du sanctuaire aux mains d’une enfant rieuse et innocente. La lampe ne laisse rien dans l’ombre ; mais la rigueur de ses rayons ne franchit pas le cercle intérieur, tandis que leurs sourires embellissent tout ce qu’ils atteignent au dehors.

Sa conscience est si naturelle et si saine qu’on ne l’entend pas respirer et qu’elle semble ignorer qu’elle existe. Elle est inflexible envers l’activité qu’elle dirige ; mais avec tant d’aisance qu’elle paraît s’arrêter pour se reposer ou se pencher sur une fleur quand elle résiste de toutes ses forces à une pensée ou à un sentiment injuste. Un geste, un mot naïf et enjoué, une larme qui rit, dissimule le secret de la lutte profonde. Tout ce qu’elle acquiert a la grâce de l’instinct ; et tout ce qui est instinctif a su devenir innocent. L’instinct, selon le mot de Balzac « s’est trempé dans la pensée » : et la pensée couvre d’une rosée plus claire, la sensibilité. De toutes les passions de la femme, aucune n’a péri, aucune n’est prisonnière, car toutes sont requises, les plus humbles et les plus futiles, comme les plus grandes et les plus dangereuses, pour former le parfum que l’amour aime à respirer. Mais sans être captives, elles vivent dans une sorte de jardin enchanté d’où elles ne songent plus à s’évader, où elles perdent le désir de nuire, et où les plus petites et les plus inutiles, ne pouvant rester inactives, amusent et font sourire les plus grandes. »

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« Elle a donc, à l’état d’ornement, toutes les passions et toutes les faiblesses de la femme ; et grâce aux dieux, elle n’offre point cette perfection mort-née qui possède toutes les vertus sans qu’un seul défaut les anime. En quel monde imaginaire trouve-t-on une vertu qui ne soit pas entée sur un défaut ? Une vertu n’est qu’un vice qui s’élève au lieu de s’abaisser ; et une qualité n’est qu’un défaut qui sait se rendre utile.