« Les méchants se disent : « Personne ne nous « voit », mais les Dieux les regardent, de même que l’esprit qui siège en eux. »

« O homme ! tandis que tu te dis : « Je suis seul avec moi-même », dans ton cœur réside sans cesse cet Esprit suprême, observateur attentif et silencieux de tout le bien et de tout le mal.

« Cet Esprit qui siège dans ton cœur, c’est un juge sévère, un punisseur inflexible, c’est Yama, le juge des morts[15]. »

[15] Manou, VIII, 84, 85, 91, 92.

XXVIII

Entre la naissance et la mort qui n’est qu’une nouvelle naissance, les Lois de Manou distinguent cinq périodes : la conception, l’enfance, le noviciat ou l’étude des sciences divines et humaines, l’état de père de famille et enfin celui d’anachorète se préparant à la mort. Chacune de ces périodes a ses devoirs qu’il faut avoir accomplis, avant de pouvoir aspirer à la retraite dans la forêt. En attendant cette heure entre toutes désirée, « la résignation, dit Manou, l’action de rendre le bien pour le mal, la tempérance, la probité, la pureté, la chasteté et la répression des sens, la connaissance des livres sacrés, le culte de la vérité, l’abstention de la colère, telles sont les dix vertus en quoi consiste le devoir[16]. »

[16] Manou, VI, 92.

Le but de notre vie sur cette terre, c’est de mettre un terme aux réincarnations, car la réincarnation est un châtiment que l’âme est obligée de s’infliger tant qu’elle ne se sent pas assez pure pour rentrer en Dieu. « Atteindre la condition suprême, dit Manou, ne plus renaître sur cette terre, voilà l’idéal ! Être assuré d’un bonheur éternel et que la terre ne voie plus notre âme venir de nouveau s’envelopper de sa grossière substance. »

Cette purification, cette dématérialisation progressive, ce renoncement à tout égoïsme, commence dès le début de la vie et se poursuit durant toutes les phases de l’existence ; mais il faut d’abord accomplir tous les devoirs de cette existence active : « Car, sachez-le tous, disent les livres sacrés, nul d’entre vous n’arrivera à s’absorber dans le sein de Brahma par la prière seulement, et le mystérieux monosyllabe n’effacera vos dernières souillures que quand vous arriverez sur le seuil de la vie future, chargé de bonnes œuvres, et les plus méritoires parmi ces œuvres seront celles qui auront pour mobiles l’amour du prochain et la charité. »

« Une seule bonne action, dit encore Manou, vaut mieux que mille bonnes pensées, et ceux qui remplissent leurs devoirs sont supérieurs à ceux qui les connaissent. »