[35] Sharpe, Egyptian Inscriptions, I, pl. 4.
VIII
Et la réincarnation ? On croit généralement que l’Égypte est par excellence le pays de la palingénésie et de la métempsychose. Il n’en est rien. Pas un texte égyptien n’y fait allusion. Il est vrai que l’âme devenant Osiris pouvait prendre toutes les formes ; mais ce n’est pas là la réincarnation proprement dite, la réincarnation expiatoire et purificatrice des Hindous. Tout ce qu’on nous a dit à ce sujet repose principalement sur un texte d’Hérodote qui note que « les Égyptiens furent les premiers à affirmer que l’âme de l’homme est immortelle. Sans cesse, d’un vivant qui meurt, elle passe dans un autre qui naît, et, quand elle a parcouru tout le monde terrestre, aquatique et aérien, elle revient alors s’introduire en un corps humain. Ce voyage circulaire dure 3.000 ans. C’est là une théorie que, plus ou moins près de nous, plusieurs Grecs se sont appropriés ; je sais leurs noms et ne les écris point[36] ».
[36] Hérodote, II, 123.
De même, tout ce qui concerne les fameux mystères de l’initiation égyptienne est de source relativement récente et date de l’époque où les traditions et les théories hindoues, chaldéennes, juives et néo-platoniciennes se mêlaient et fermentaient violemment dans Alexandrie. L’Égypte des Pharaons ne nous dit pas ce que devenait l’âme qui n’était pas béatifiée. Il est possible qu’elle fût obligée de revenir sur terre pour se purifier et que le secret de cette réincarnation demeurât réservé aux initiés, comme il est également possible que des textes mieux interprétés ou que d’autres que nous ne connaissons pas encore, justifient et expliquent la tradition ésotérique. Il ne serait du reste pas surprenant, comme le fait remarquer Sédir, occultiste des plus érudits, qu’une partie des secrets qui ne se trouvent pas dans les inscriptions que nous croyons entièrement comprendre, nous fussent venus par la Chaldée, attendu que c’est parmi les Mages, sur les confins du Tigre et de l’Euphrate, que Cambyse, après la conquête de l’Égypte, transporta tous les prêtres de ce dernier pays, sans exception et sans retour. Quoiqu’il en soit, je le répète, les textes purement égyptiens ne permettent pas, pour l’instant, de trancher la question.
LA PERSE
La Perse nous retiendra moins longtemps, car sa religion est sans doute un reflet du Védisme ou, plus probablement, révèle une commune origine. Eugène Burnouf et Spiegel ont en effet prouvé que certaines parties de l’Avesta sont aussi anciennes que le Rig.
Le Mazdéisme ou Zoroastrisme paraît donc être une adaptation à l’esprit Iranien du Védisme ou de traditions aryennes — (atlantéennes diraient les théosophes) — antérieures au Védisme. Durant la captivité de Babylone, infiltré dans le Chaldéisme, il exerça une influence profonde sur la religion du peuple juif. Nous lui devons, entre autres choses, tels qu’ils ont passé dans la tradition judéo-chrétienne, la notion de l’immortalité de l’âme, le jugement de celle-ci, le jugement dernier, la résurrection des morts, le purgatoire, la croyance à l’efficacité des bonnes œuvres au point de vue du salut, la réversibilité des peines et des récompenses et toute notre angéologie.
Le Zoroastrisme a tenté de résoudre plus nettement que les autres religions anciennes l’énigme du mal, en faisant de celui-ci un dieu distinct, perpétuellement en lutte avec le Dieu du bien. Mais ce dualisme est plus apparent que réel. Ahura-Mazda ou Ormazd, ou Ormuzd, l’Être absolu et universel, le Verbe, l’Esprit omnipotent et omniscient, la Réalité, précède et domine Agra-Mainyus ou Ahriman, la Non-Réalité, c’est-à-dire ce qui est mauvais et trompeur, qui dans ses ténèbres ignore tout, paraît aussi inférieur à Ormazd que le démon l’est au Dieu des chrétiens et ne se montre en somme qu’une sorte de singe de la divinité, imitant maladroitement les créations de cette dernière et ne pouvant produire que des vices, des maux et quelques êtres malfaisants qui seront anéantis dans l’immense victoire du bien ; car la fin du monde, dans le système de Zoroastre, n’est que la régénération de la création.
On ne nous dit du reste pas pourquoi Ormazd, le dieu suprême, est obligé de tolérer Ahriman qui, il est vrai, ne personnifie pas le mal en soi ; mais le mal nécessaire au bien, les ténèbres indispensables à la manifestation de la lumière, la réaction qui suit l’action, le principe ou le pôle négatif opposé au positif pour assurer la vie et l’équilibre de l’univers.