Dans ces expériences, cette substance invisible se comporte comme si elle sortait du corps du médium sous la forme d’une tige plus ou moins rigide qui va soulever une table placée à une certaine distance du siège sur lequel le médium est assis. Si la table est trop lourde pour être soulevée directement, à bout de bras, pour ainsi dire, la tige ou le levier psychique se courbe, prend un point d’appui sur le sol et se redresse pour soulever le meuble. Quand ce levier invisible ne prend son point d’appui que sur le médium, le poids de ce dernier s’augmente de celui de l’objet soulevé ; mais quand il prend son point d’appui sur le sol, le poids du médium est diminué du poids reporté sur ce point d’appui.
Ces phénomènes de lévitation étaient parfaitement connus avant les recherches de Crawford, mais par la découverte du levier invisible, parfois perceptible au toucher et pouvant même être photographié, il en a le premier révélé le mécanisme tout ensemble matériel et psychique. En outre, au cours de ses innombrables expériences, il a constaté que tout se passait comme si des entités invisibles y assistaient, y collaboraient et souvent les dirigeaient. Il communiquait avec elles par la typtologie et, ayant remarqué que ces opérateurs mystérieux ne paraissaient pas bien comprendre l’intérêt scientifique des phénomènes, il les interrogea et conclut de leurs réponses qu’ils n’étaient que des sortes de manœuvres, manipulant des forces qu’ils ne connaissaient pas et accomplissant une besogne commandée par des êtres d’un ordre plus élevé qui ne pouvaient ou ne daignaient opérer eux-mêmes.
On peut évidemment soutenir que ces collaborateurs invisibles émanent du subconscient du médium ou des assistants et la question est encore insoluble. Mais la conviction où fut amené peu à peu et pour ainsi dire par la force des choses, un savant d’abord aussi sceptique que l’était Crawford, ne mérite pas moins d’être sérieusement envisagée. En tout cas, ses expériences, comme celles du fluide odique, démontrent une fois de plus que notre être est beaucoup plus immatériel, plus psychique, plus mystérieux, plus puissant et sans doute plus durable que nous ne le croyons ; ce que nous avaient enseigné les religions primitives et les occultistes qui s’en inspirèrent.
XIX
En ne perdant pas de vue les autres manifestations spirites, les apparitions posthumes, les phénomènes de psychométrie et de matérialisation, les prévisions de l’avenir, le mystère des animaux parlants, les miracles de Lourdes et d’autres lieux, que nous ne mentionnons ici que pour mémoire, voilà, en regard des immenses et orgueilleuses affirmations d’autrefois, les demi-certitudes et les petits faits lentement reconquis par nos occultistes d’aujourd’hui. A première vue, c’est peu de chose et même si la grande question centrale de notre métapsychique, la question de la survivance était enfin résolue, cette solution tant attendue ne nous mènerait pas encore bien loin, beaucoup moins loin, sans doute, que n’étaient allés les prêtres de l’Inde et de l’Égypte. Mais pour modestes qu’elles sont, les découvertes de nos occultistes ont du moins l’avantage de reposer sur des faits que nous pouvons contrôler et doivent nous être plus précieuses que les plus grandioses hypothèses qui jusqu’ici ont échappé à toute vérification.
XX
Maintenant, il est fort possible que pour pénétrer plus avant dans les régions où ils s’aventurent, les méthodes purement expérimentales, qui sont les plus sûres dans les autres sciences, soient insuffisantes. Il entre en jeu d’autres éléments que ceux que la science a coutume de rencontrer. Il s’agit de forces peut-être plus spirituelles que celles de notre esprit et pour les saisir et les dominer, il se peut qu’il soit nécessaire de s’occuper d’abord de notre propre spiritualisation. Il est bon d’avoir des laboratoires parfaitement organisés, mais c’est probablement en nous-mêmes que se trouve le véritable laboratoire d’où sortiront les dernières découvertes. Il semble que mieux que nous les prêtres et les mages des grandes religions l’avaient compris. Quand ils voulaient s’engager dans les domaines ultra-spirituels de la nature, ils s’y préparaient longuement. Ils sentaient qu’il ne leur suffisait pas d’être des savants, mais qu’avant tout ils devaient devenir des saints. Ils commençaient par faire l’éducation de leur volonté, par sacrifier tout leur être, par mourir à tout désir. Ils enveloppaient leurs forces intellectuelles d’une force morale qui les menait beaucoup plus directement sur le plan où se passaient les phénomènes étranges qu’ils interrogeaient. Il est assez vraisemblable qu’il y a dans l’invisible ou l’infini des choses que l’intelligence n’atteint pas, sur lesquelles elle n’a aucune prise, mais qu’une autre puissance peut rejoindre ; et cette puissance est peut-être ce qu’on appelle l’âme ou ce subconscient supérieur que les antiques religions avaient appris à cultiver par des exercices et surtout par un renoncement et une concentration spirituelle dont nous avons perdu la pratique et même la notion.
CONCLUSIONS
I
Nous avons déjà, au cours de cette étude, rencontré la plupart des conclusions qu’on en peut tirer ; il suffira de rappeler, en les résumant, les principales.