XVI
Non seulement le fluide odique ainsi capté renferme et reproduit la volonté du magnétiseur, il renferme encore et représente une partie de la personnalité du magnétisé, et notamment toute sa sensibilité. Le colonel de Rochas a fait sur ce point, qu’il appelle : « L’extériorisation de la sensibilité », une foule d’expériences déconcertantes et cependant inattaquables et décisives, qui nous ramènent directement aux pratiques de l’envoûtement des magiciens de l’antiquité et des sorcières du Moyen âge, ce qui nous montre une fois de plus que sous les plus étranges croyances ou superstitions, dès qu’elles sont suffisamment générales il y a presque toujours une vérité cachée ou oubliée.
Je crois inutile de rappeler ici les expériences qui sont connues de tous ceux qui ont entr’ouvert un livre de métapsychique. Je dois me borner ; ce que j’ai dit suffit à établir qu’il y a en nous un principe vital qui n’est pas indissolublement lié à notre corps, qui peut le quitter, qui peut s’extérioriser, du moins en partie et momentanément durant notre vie, qui peut être rendu visible, qui possède une force indépendante de nos muscles, qui peut condenser de la matière, la modeler, l’organiser, la faire vivre, non seulement en apparence, comme les fantômes de notre imagination, mais comme des corps tangibles et réels, dont la substance s’évanouit et rentre en nous de façon inexplicable. Nous avons également vu que ce principe vital peut être capté dans un objet, et maintient indestructiblement dans cet objet, malgré toutes les manipulations physiques ou chimiques, la volonté du magnétiseur et la sensibilité du magnétisé. N’est-ce pas le moment de se demander si, étant à ce point séparable et indépendant de notre corps, si étant à ce point indestructible, par exemple dans les cendres d’un papier brûlé qui n’en renfermait qu’une minime partie, ce fluide vital ne survit pas à la destruction de notre corps ? En réponse à cette question, nous avons, outre la logique, les très troublantes constatations des sociétés savantes qui se sont vouées à la recherche des cas de survivance rigoureusement constatées, notamment, les cinq ou six cents apparitions de morts contrôlées par la « Society for Psychical Research ». Il faut convenir que ces apparitions, qui sont probablement des manifestations odiques d’outre-tombe, paraissent beaucoup plus vraisemblables, depuis que nous connaissons certaines propriétés de l’étrange fluide que nous venons d’étudier.
XVII
Depuis la mort des chefs de l’école odique, Reichenbach, du Prel et de Rochas, cette étude des fluides a été quelque peu négligée, à tort selon nous, car elle est loin d’être épuisée ; mais il y a des modes en métapsychie comme en toutes choses. La « Society for Psychical Research », notamment, durant ces dernières années, s’est occupée presque exclusivement de la question des « Correspondances croisées », et son enquête, si elle n’a pas donné des résultats absolument péremptoires, permet du moins de soupçonner de plus en plus sérieusement la présence, autour de nous, d’entités spirituelles, invisibles et intelligentes, désincarnées ou autres, qui s’amusent, c’est le mot, à nous prouver qu’elles se jouent de l’espace et du temps et poursuivent un dessein qu’on ne démêle pas encore. Je sais bien que l’on peut, à la rigueur, attribuer ces communications insolites aux facultés inconnues du subconscient ; mais l’hypothèse devient de jour en jour plus précaire, et le moment n’est peut-être pas très éloigné où nous serons enfin forcés d’admettre l’existence de ces désincarnés, de ces doubles, de ces esprits errants, de ces élémentaires, de ces « Dhyan-Choans », de ces « Dévas », de ces esprits cosmiques, dont les occultistes d’autrefois n’avaient jamais douté.
Dans cet ordre d’idées, pour ne pas parler du Raymond de Sir Oliver Lodge, des très intéressantes expériences spirites de P.-E. Cornillier ni d’une foule d’autres, ce qui nous entraînerait trop loin, les récents travaux du Dr W. Crawford, qui ont fait sensation dans le monde métapsychique, sont venus apporter à la théorie des « Invisibles », un sérieux appui. Il est vrai, comme nous le verrons, que cet appui lui vient moins des faits mêmes que de l’interprétation qu’on leur donne.
XVIII
W.-J. Crawford, docteur ès sciences, professeur au collège de Belfast, a fait sur la « télékinésie », ou mouvements sans contact, des expériences conduites avec une telle rigueur scientifique qu’elles excluent entièrement toute idée de fraude et confirment complètement celles de Crookes avec Home, de l’Institut psychologique avec Eusapia, et d’Ochorovicz avec Mlle Tomscyk.
Il s’agit, dans ces expériences, de ce phénomène extrêmement bizarre qui est une sorte d’extériorisation physique, de dédoublement d’abord amorphe et ensuite plus ou moins plastique du médium. Du corps de celui-ci sort une substance indéfinissable, tantôt visible, comme chez Éva, le médium de Mme Bisson, tantôt invisible, comme chez le médium de Crawford, mais qui, même invisible, peut être touchée et délimitée et agit comme si elle avait une réalité objective.
Cette substance, moite, froide, parfois visqueuse, qu’on appelle l’« Ectoplasme », peut être pesée et son poids correspond exactement à celui dont s’allège le corps du médium ; elle peut atteindre jusqu’à 50 pour cent du poids total de celui-ci. A la fin de la séance, elle se résorbe, sans laisser de trace, dans le corps du sujet qui reprend instantanément son poids normal.