Reichenbach a réellement redécouvert le fluide vital universel qui n’est autre que l’Akahsa des religions préhistoriques, le Télesma d’Hermès, le feu vivant du Zoroastre, le feu générateur d’Héraclite, la lumière astrale de la Kabbale, l’Alcahest de Paracelse, l’esprit de vie des occultistes, la force vitale de Saint Thomas. Il l’a appelé « Od » d’un mot sanscrit qui veut dire « Qui pénètre partout », et il y voit très justement la limite extrême de notre analyse de l’homme, le point où la ligne de démarcation entre l’esprit et le corps disparaît, si bien qu’il semble que l’essence intime de l’homme soit « odique ».

Je ne peux naturellement pas exposer ici les innombrables expériences de Reichenbach, du Prel et de Rochas. Il suffira de dire qu’en principe, l’Od est le fluide magnétique ou vital qui à chaque seconde notre existence émane de tout notre être, en flots ininterrompus. A l’état normal, ces émanations ou ces effluves dont on soupçonnait l’existence, grâce aux phénomènes de l’hypnotisme, nous demeurent totalement inconnus et invisibles. Reichenbach, le premier, découvrit que les « sensitifs », c’est-à-dire les sujets en état d’hypnose, voyaient très nettement ces effluves dans l’obscurité. A la suite d’un très grand nombre d’expériences dont toutes possibilités de suggestion consciente ou inconsciente étaient soigneusement exclues, il a établi que l’amplitude et la puissance de ces effluves variaient d’après les émotions, l’état d’âme ou de santé de ceux qui les produisaient, qu’ils étaient toujours bleuâtres du côté droit du corps, et d’un rouge jaune du côté gauche. Il a encore constaté que de semblables effluves émanent non seulement de l’homme, des animaux, des plantes, mais même des minéraux. Il est parvenu à photographier l’Od émanant des cristaux de roche, l’Od humain, l’Od résultant d’opérations chimiques, celui de masses de métal amorphes, celui que produit le bruit ou le frottement ; en un mot, il a démontré que le magnétisme ou l’« Od » existe dans la nature entière, ce qu’avaient d’ailleurs enseigné les occultistes de tous les temps et de tous les pays[63].

[63] De récentes expériences de M. Walter-J. Kilner, rapportées dans son livre : The Human Atmosphere, sont venues matériellement démontrer l’existence de ces émanations, de ces effluves, de cette « Aura » humaine ou du moins d’une « Aura » analogue qui est un véritable double astral ou éthérique. Il suffit de regarder le sujet à travers un écran formé d’une cuve de verre très plate renfermant une solution alcoolique de dicyanine, substance chimique dérivée du goudron de houille, qui sensibilise la rétine aux rayons ultra-violets, pour que l’« Aura » apparaisse non plus seulement aux sensitifs, comme dans les expériences de Reichenbach, mais aux yeux de 95 p. 100 des individus doués d’une vue normale. Il est du reste possible que cette « Aura » ne soit pas un double éthérique, mais un simple rayonnement nerveux. Voir à ce sujet l’excellent résumé de M. René Sudre, dans le no 3 du Bulletin de l’Institut métapsychique international (janvier-février 1921).

XIV

Voilà donc l’existence de cette émanation universelle expérimentalement démontrée. Il s’agirait, maintenant, d’en faire connaître les propriétés et les effets.

Je me borne à quelques traits essentiels. Grâce à ces effluves, on a pu constater que ce fluide était le même que celui qui produit les manifestations des tables tournantes ; en effet, aux yeux des sensitifs, ces manifestations s’accompagnent de phénomènes lumineux dont le synchronisme ne laisse aucun doute sur la corrélation de l’émission du fluide avec les mouvements de la table. Elle ne se met en branle que lorsque les radiations qui sortent des mains des assistants deviennent suffisamment puissantes. Ces radiations se condensent en colonnes lumineuses au centre de la table, et plus elles sont intenses, plus la table s’anime. Quand elles s’éteignent, la table retombe inerte.

Il en est de même pour les déplacements d’objets sans contact, les apports, la lévitation, manifestations aujourd’hui suffisamment établies et contrôlées pour qu’on n’ait plus besoin d’en refaire la démonstration. Il est donc certain que ce fluide, qui peut mettre en mouvement un pendule dans un vase de verre clos au chalumeau, comme il est capable de soulever une table de plus de cent kilos, possède une force parfois énorme, indépendante de nos muscles, que l’on peut attribuer à nos nerfs, à notre âme, à tout ce que l’on veut, mais qui n’en est pas moins d’une nature nettement et purement spirituelle.

Il est en outre à peu près certain, bien que les constatations expérimentales soient ici moins avancées et plus difficiles, à cause de la rareté des sujets, que c’est ce même fluide odique qui intervient dans les phénomènes de matérialisation, notamment dans ceux que produisait la célèbre Eusapia Paladino et dans ceux, beaucoup plus probants et beaucoup plus rigoureusement contrôlés du médium, de madame Bisson. Il tire probablement, soit du médium, soit des assistants, la substance plastique à l’aide de laquelle il forme et organise les corps tangibles, qui naissent et disparaissent au cours de ces manifestations, nous donnant ainsi un aperçu très curieux sur la manière dont la pensée, l’esprit ou le fluide créateur agit sur la matière, la condense, la modèle et se comporte, lorsqu’il s’agit de former notre corps.

XV

Il a encore été expérimentalement démontré que ce fluide odique peut être capté. Il est possible d’en charger n’importe quel objet. L’objet magnétisé, dans lequel le magnétiseur a fait passer une partie de sa force vitale, toute possibilité de suggestion étant écartée, conservera toujours sur le sensitif la même action, c’est-à-dire celle qu’avait voulue le magnétiseur. Il le fera rire ou pleurer, grelotter ou suer, danser ou s’endormir, selon la volonté qu’avait le magnétiseur en émettant son fluide. En outre, ce fluide paraît indestructible : un pilon de marbre magnétisé, et mis successivement dans l’acide muriatique, nitreux et sulfurique, soumis à l’action corrosive de l’ammoniaque, ne perd rien de sa force. Une barre de fer chauffée à blanc, de la résine fondue et recoulée en d’autres formes, l’eau bouillie, le papier brûlé et réduit en cendres, garde toute sa puissance. Il y a plus, pour prouver que l’appréciation de cette force ne dépend pas d’une impression humaine, on a constaté que l’eau magnétisée, puis bouillie, dévie de vingt degrés, comme avant l’ébullition, l’aiguille d’un rhéomètre, qui est, comme chacun le sait, l’appareil qui mesure les courants électriques. Il serait intéressant de savoir si cette force vitale emprisonnée dans un objet survit au magnétiseur. Je ne sais si des expériences ont été faites sur ce point. En tous cas, on a observé que plus de six mois après avoir été chargées d’Od, les substances les plus hétéroclites : fer, étain, colophane, cire, soufre, marbre, gardaient intactes leurs vertus magnétiques.