Quelle est la signification de cette étrange récapitulation?

Le docteur Jaworski est d'avis que si la petite évolution embryonnaire qui prépare la naissance de l'homme, répète la grande évolution terrestre, cette dernière ne serait de son côté qu'une vaste période embryonnaire qui préparerait une naissance qu'on ne peut pas encore imaginer. Je ne sais s'il réussira à étayer suffisamment cette gigantesque hypothèse. S'il y parvient, il nous aura réellement fait faire, ainsi qu'il le promet, «un pas dans l'essence des choses». En attendant, par ses travaux préparatoires, il nous aura toujours fait faire un autre pas très utile, vers une vérité, incontestable, cette fois, qui, pour être moins inattendue n'a jamais été mise en lumière avec autant de patience et n'est pas moins grosse de conséquences.


Le docteur Jaworski entreprend donc de démontrer que le corps de l'homme réunit en lui, nettement reconnaissables, tous les êtres vivants qui existent actuellement sur cette terre et qui y ont existé depuis l'origine de la vie. En d'autres termes, chaque être résume en lui tous ceux qui l'ont précédé; et l'homme, le dernier venu, renferme l'Arbre biologique tout entier, à tel point que si l'on dissociait son corps, si l'on pouvait séparer chacun de ses organes et les maintenir isolément en vie, on parviendrait à reconstituer toutes les formes existantes, à repeupler la terre de toutes les espèces qu'elle a portées, depuis le protoplasme primitif jusqu'à cette synthèse, cet aboutissement que nous sommes.

On pourrait aller plus loin et affirmer, comme le font les occultistes orientaux, que nous renfermons également en nous, en germe ou à l'état d'ébauche, tous les êtres, toutes les formes qui viendront après nous. Mais ici nous quitterions la science proprement dite pour nous égarer dans une hypothèse naturellement invérifiable.


Ainsi donc, ce n'est pas seulement au figuré, comme le pressentait le langage courant quand il parle de l'arbre vasculaire, des rameaux nerveux, de la grappe ovarienne, ce n'est pas seulement par analogie mais au pied de la lettre et dans toute la rigueur scientifique que notre cœur n'est au fond qu'une méduse, que nos reins sont des éponges, que nos intestins représentent les polypes et notre squelette les polypiers, que nos organes reproducteurs sont des vers ou des mollusques, que la colonne vertébrale et la moelle épinière remplacent les échinodermes, tandis que les brachiopodes et les cténophores renaîtraient de notre œil, que les reptiles se retrouveraient dans notre appareil digestif et les oiseaux dans notre appareil respiratoire; et ainsi de suite.

Je le répète, il ne s'agit pas ici de métaphores et de correspondances plus ou moins approximatives, élastiques et plausibles, mais de constatations rigoureusement et méticuleusement établies.

Je ne puis naturellement vous mettre sous les yeux les détails de la démonstration du docteur Jaworski. Elle ne saurait admettre la moindre solution de continuité, et, à travers les trois volumes publiés jusqu'ici, nous mène à des conclusions qu'il est bien difficile de contester. On affirmait sans trop y croire et sans y regarder de trop près que l'homme est un microcosme. Il semble bien prouvé aujourd'hui que ce n'est pas seulement littérairement défendable, mais scientifiquement exact. Nous sommes une colonie préhistorique, immense et innombrable, une agglomération vivante de tout ce qui vit, a vécu et probablement vivra sur la terre. Nous ne sommes pas seulement les fils ou les frères des vers, des reptiles, des poissons, des batraciens, des oiseaux, des mammifères ou de n'importe quel monstre qui a souillé ou épouvanté la surface du globe; nous les portons en nous, nos organes ne sont qu'eux, nous en nourrissons tous les types, ils n'attendent qu'une occasion pour s'évader de nous, reparaître, se reconstituer, se développer et nous replonger dans la terreur. A leur propos, aussi justement qu'à propos des pensées secrètes, des vices et des fantômes qui nous peuplent, on pourrait répéter le mot que le vieillard d'Emerson disait à ses enfants affolés par une étrange figure dans la sombre entrée: «Mes enfants, vous ne verrez jamais rien de pire que vous-mêmes!» Si toutes les espèces disparaissaient et que seul l'homme subsistât, aucune ne serait perdue et toutes pourraient renaître de son corps, comme si elles sortaient de l'Arche de Noé, depuis le protozoaire presque invisible, jusqu'aux formidables colosses d'avant le déluge qui lècheraient les toits de nos maisons.