Non, non; je veux qu'il reste.... J'ai peur de tout quand il n'est pas là....

LE CHIEN, [bondissant et renversant presque Mytyl, qu'il accable de caresses précipitées et enthousiastes.]

Oh! la bonne petite fille!... Qu'elle est belle! Qu'elle est bonne!... Qu'elle est belle, qu'elle est douce!... Il faut que je l'embrasse! Encore! encore! encore!...

LA CHATTE

Quel idiot!... Ma foi, nous verrons bien.... Ne perdons pas de temps.... Tournez le Diamant....

TYLTYL

Où faut-il me placer?

LA CHATTE

Dans ce rayon de lune; vous y verrez plus clair.... Là! tournez doucement....

[Tyltyl tourne le Diamant; aussitôt, un long frémissement agite les branches et les feuilles. Les troncs les plus anciens et les plus imposants s'entr'ouvrent pour livrer passage à l'âme que chacun d'eux renferme. L'aspect de ces âmes diffère suivant l'aspect et le caractère de l'arbre qu'elles représentent. Celle de l'Orme, par exemple, est une sorte de gnome poussif, ventru, bourru; celle du Tilleul est placide, familière, joviale: celle du Hêtre, élégante et agile; celle du Bouleau, blanche, réservée, inquiète; celle du Saule, rabougrie, échevelée, plaintive; celle du Sapin, longue, efflanquée, taciturne; celle du Cyprès, tragique; celle du Marronnier, prétentieuse, un peu snob; celle du Peuplier, allègre, encombrante, bavarde. Les unes sortent lentement de leur tronc, engourdies, s'étirant, comme après une captivité ou un sommeil séculaire, les autres s'en dégagent d'un bond, alertes, empressées, et toutes viennent se ranger autour des deux enfants, tout en se tenant autant que possible à proximité de l'arbre dont elles sont nées.]