Non, Sire.

Alors pourquoi pleurer? Quant au prince Hjalmar, il vaut mieux l'oublier; et puis, comment pourrais-tu l'aimer sérieusement? vous vous êtes à peine entrevus; et le coeoeur à ton âge est comme un coeur de cire; on en fait ce qu'on veut. Le nom de Hjalmar était encore écrit dans les nuages, un orage est venu et tout est effacé, et dès ce soir tu n'y songeras plus. Et puis, crois-tu que tu aurais été bien heureuse à la cour de Hjalmar? Je ne parle pas du prince, le prince est un enfant; mais son père, tu sais bien qu'on a peur d'en parler... Tu sais bien qu'il n'y a pas une cour plus sombre en Hollande; tu sais que son château a peut-être d'étranges secrets. Mais tu ne sais pas ce que l'on dit de cette reine étrangère, venue avec sa fille au palais d'Ysselmonde, et je ne te redirai pas ce qu'on en dit; car je ne veux pas verser de poison dans ton coeur.--Mais tu allais entrer, toute seule, dans une effrayante forêt d'intrigues et de soupçons!--Voyons, réponds, Maleine; n'avais-tu pas peur de tout cela? et n'était-ce pas un peu malgré toi que tu allais épouser le prince Hjalmar?

Non, Sire.

Soit, mais alors, réponds-moi franchement. Il ne faut pas que le vieux roi Hjalmar triomphe. Nous allons avoir une grande guerre à cause de toi. Je sais que les vaisseaux de Hjalmar entourent Ysselmonde et vont mettre à la voile avant la pleine lune; d'un autre côté, le duc de Bourgogne, qui t'aime depuis longtemps;--[se tournant vers la reine,] je ne sais si ta mère?...

Oui, Seigneur.

Eh bien?

Il faudrait l'y préparer, peu à peu...

Laissez-la parler!--Eh bien, Maleine?...

Sire?

Tu ne comprends pas?