J'ai peur quand je ne parle pas.
Savez-vous où est allé le prêtre?
Il me semble qu'il nous abandonne trop longtemps.
Il devient trop vieux. Il paraît que lui-même n'y voit plus depuis quelque temps. Il ne veut pas l'avouer, de peur qu'un autre ne vienne prendre sa place parmi nous; mais je soupçonne qu'il n'y voit presque plus. Il nous faudrait un autre guide; il ne nous écoute plus, et nous sommes trop nombreux. Il n'y a que les trois religieuses et lui qui voient dans la maison; et ils sont tous plus vieux que nous!--Je suis sûr qu'il nous a égarés et qu'il cherche le chemin. Où est-il allé?--Il n'a pas le droit de nous laisser ici...
Il est allé très loin; je crois qu'il a parlé sérieusement aux femmes.
Il ne parle plus qu'aux femmes?--Est-ce que nous n'existons plus?--Il faudra bien s'en plaindre à la fin!
A qui vous plaindrez-vous?
Je ne sais pas encore; nous verrons; nous verrons.--Mais où donc est-il allé?--Je le demande aux femmes.
Il était fatigué d'avoir marché si longtemps. Je crois qu'il s'est assis un moment au milieu de nous. Il est très triste et très faible depuis quelques jours. Il a peur depuis que le médecin est mort. Il est seul. Il ne parle presque plus. Je ne sais ce qui est arrivé. Il voulait absolument sortir aujourd'hui. Il disait qu'il voulait voir l'Ile, une dernière fois, sous le soleil, avant l'hiver. Il paraît que l'hiver sera très long et très froid et que les glaces viennent déjà du Nord. Il était très inquiet; on dit que les grands orages de ces jours passés ont gonflé le fleuve et que toutes les digues sont ébranlées. Il disait aussi que la mer l'effrayait; il parait qu'elle s'agite sans raison, et que les falaises de l'Ile ne sont plus assez hautes. Il voulait voir; mais il ne nous a pas dit ce qu'il a vu.--Maintenant, je crois qu'il est allé chercher du pain et de l'eau pour la folle. Il a dit qu'il lui faudrait aller très loin... Il faut attendre.
Il m'a pris les mains en partant; et ses mains tremblaient comme s'il avait eu peur. Puis il m'a embrassée...