Si l’on ajoute à la difficulté de cette intime correspondance l’exigence des corps, mystérieux dans leurs rapports, soumis à la fatigue, aux orages, aux maladies et ne relevant que d’une sensibilité personnelle inanalysable ; si l’on tient compte des barrières que créent les fortunes, les situations, de l’impossibilité de faire connaissance avec les femmes qui n’appartiennent pas à votre milieu, l’on songera que le bonheur absolu de l’amour est difficile à atteindre.
Doit-on trouver un jour la femme idéale ? Celui qui a beaucoup de chance, encore plus de bonne volonté, qui voudra obstinément ne pas voir, qui s’efforcera d’être sourd, pourra peut-être, après un grand nombre d’expériences, croire qu’il l’a rencontrée.
LA PREMIÈRE IMPRESSION
La première impression est toujours la bonne, disent les femmes.
Cela leur est commode, parce qu’elles ont l’horreur d’observer. A cause de cette paresse, il faut aussi prendre bien garde à la personne qui vous présente. On est vulgaire, si l’on est présenté par un ami vulgaire, riche si l’on est présenté par un ami riche.
Être présenté à une femme à laquelle on veut plaire par une autre femme est une chose inestimable, surtout si celle-ci a dit du mal de vous car la curiosité est piquée.
Si, la première fois qu’on a vu une femme, on avait un col trop large qui donnait la sensation que votre cou était mal vissé sur vos épaules ; si parce qu’il pleuvait on avait mis un costume d’allure désuète dont le pantalon était trop court et si, pour ces raisons, la femme vous a rangé dans la catégorie des personnages ridicules, il sera vain, tous les jours de la vie qui suivront, d’avoir un col étroit à souhait, un costume qui va bien, la femme ne reviendra jamais sur sa première impression, on sera toujours ridicule pour elle, on n’aura jamais aucune chance d’être son amant.
Car la femme est comme une plaque photographique. Elle reproduit une fois une image qui n’est pas susceptible de modification. Et elle est avide d’avoir immédiatement de quelqu’un une opinion définitive et simple. Pour elle un homme est brave, avare, poétique.
Si l’on a le malheur de dire dans la conversation que l’on a l’habitude de prendre du café au lait tous les matins et que l’on ne peut s’en passer, on est un vieux garçon avec des habitudes régulières, bourgeois, pot-au-feu, et la femme a la vision confuse que vous mettez un bonnet de nuit pour dormir.
Une indication de jalousie vous fait passer pour un cruel Othello, et malgré votre indulgence naturelle, la femme voit à mille signes que vous êtes tyrannique et peut-être brutal.