La femme qui lit une lettre écrite dans ce sens a le sentiment d’une chose grave, ennuyeuse et poétique qui pèse sur elle.


Mon ami Charles, qui est un bon vivant dont la présence sème l’allégresse, eut naguère en Suisse, durant l’été, une sorte de flirt avec une femme mariée jeune et jolie. Il l’accompagnait dans la montagne, jouait au tennis et canotait avec elle. Le soir, quand on était assis sur la terrasse de l’hôtel, il l’égayait de ses bons mots, de même qu’il égayait tous les amis de la jeune femme, et ainsi il était paré à ses yeux du prestige de la gaieté et des divertissements.

Elle l’aima pour cette raison qui en valait bien une autre. Elle lui promit d’être à lui, les vacances terminées, à Paris. Ils se quittèrent durant un mois.

Mais mon ami Charles eut la folie de lui écrire pendant ce temps de longues lettres d’amour contraires à son génie joyeux. Il lui peignit les tristesses de l’absence, non parce qu’il les éprouvait mais parce qu’il pensait qu’il était convenable de les éprouver. Il donna à ses rêves et à ses désirs une atmosphère douloureuse qu’il estimait propice à ses desseins et devant ajouter de la noblesse à un amour trop sportif.

Il perdit ainsi la possibilité d’une maîtresse charmante. En effet, la jeune femme qu’il aimait ne fut jamais à lui. Elle eut raison. Elle avait eu du penchant pour un homme joyeux, elle n’en avait plus pour un triste.

Et ce fut un juste châtiment pour mon ami Charles qui avait sacrifié sa vraie personnalité au profit d’un absurde idéal littéraire.

MÉTHODE DE LA DISSIMULATION

Le mensonge n’est pas d’une essence sublime. Il n’est pas tout-puissant. En tout cas, pour avoir quelque vertu, il doit reposer sur une base de vérité.

Plaire aux femmes est un art comme la peinture ou la sculpture. Il y a une palette et mille couleurs. Il faut corriger la nature, mais il ne faut pas la déformer.